Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.
Measha Brueggergosman ©
OCNA à domicile

Measha Brueggergosman chante Strauss

Au programme:

HAWKINS « Goin' Up Yonder »
Measha Brueggergosman, soprano a cappella

R. STRAUSS « Au crépuscule », tiré des Quatre derniers lieder
Measha Brueggergosman, soprano
[Enregistrés le 2 juin 2019]

KEVIN LAU Suite Dark Angels
[Enregistrée le 3 octobre 2019]

R. STRAUSS Mort et transfiguration
[Enregistré le 31 mars 2016]

Cette semaine, nous mettons à l’honneur notre 50e anniversaire, les talents canadiens et la poignante musique de Richard Strauss.

Nous avons interprété en octobre 2019 la suite tirée de Dark Angels du compositeur canadien Kevin Lau, œuvre commandée et enregistrée dans le cadre de notre projet Rencontr3s en collaboration avec le Ballet national du Canada. Kevin y exprime à la fois l’amour et la violence, entourés d’un simple et fragile rempart, et explore le défi de se faire une place dans le monde. Cette suite, qui a quelque chose du concerto pour orchestre, met en vedette notre violoncelle solo, Rachel Mercer, dans un solo élégiaque des plus bouleversants.

La soprano canadienne Measha Brueggergosman nous a offert des moments de magie lors du concert du 2 juin 2019 soulignant le 50e anniversaire du CNA. Sa voix puissante et singulière a retenti dans la Salle Southam, d’abord dans un joli spiritual solo, puis avec l’Orchestre dans l’un des Quatre deniers lieder de Richard Strauss, « Im Abendrot » (« Au crépuscule »); elle semblait flotter au-dessus des musiciens en contemplant rêveusement la vie et la mort.

Ce lied en tête, je vous invite ensuite à écouter l’Orchestre interpréter Tod und Verklärung ou Mort et transfiguration dans un concert de mars 2016. Ce poème symphonique pour grand orchestre, composé alors que Strauss avait 24 ans à peine, décrit finement l’état physiologique et psychologique d’un artiste moribond. On y entend, dans les dernières mesures qui évoquent le moment où l’âme est libérée du corps, le thème de la transfiguration dans toute sa splendeur – l’ascension vers les cieux y étant symbolisée par un motif énoncé par deux harpes. Étrangement peut-être, Strauss aurait dit sur son lit de mort, en 1949, que l’agonie était exactement comme il l’avait décrite dans Mort et transfiguration.

Guide d’écoute d’Alexander Shelley : Mort et transfiguration

Dans Mort et transfiguration, un Richard Strauss de 24 ans à peine fait montre de son talent extraordinaire et presque surnaturel pour traduire en musique les émotions les plus profondes. Sa vision était si prophétique qu’elle resurgit des années plus tard dans sa toute dernière œuvre, « Au crépuscule », en réponse au vers « Serait-ce donc la mort? ». Ce lied composé un an avant la mort de Strauss à 85 ans figure d’ailleurs à l’enregistrement de ce soir et y est porté par la voix extraordinaire de Measha Brueggergosman.

Mort et transfiguration se décline en quatre parties d’une habile simplicité.

Les cordes donnent le coup d’envoi : elles évoquent le son doux et incessant d’un cœur qui bat dans une chambre sombre et solitaire. Ce cœur, dont le rythme est irrégulier et dont l’énergie se dissipe, est celui d’un artiste moribond gisant sur son lit de mort. Un quasi-silence règne, ponctué par une respiration faible, pénible; puis la harpe introduit une mélodie mélancolique développée par la flûte et la clarinette. Une brève séquence de modulations harmoniques ascendantes suggère un regain de vitalité; or, le mode mineur s’établit fermement avec une exquise ligne au hautbois qui mène à de douloureuses réminiscences portées par les solistes des vents et des cordes. Tandis que les souvenirs s’envolent, la fatigue reprend notre artiste. Le calme et la solitude s’installent. Quelques instants de réminiscence passent fugitivement, mis en évidence par un motif troublant des cordes et annonçant ce qui est à venir. Les battements de cœur sont de retour, plus présents, plus irréguliers, énoncés, cette fois, par les cuivres.

Et l’agonie suit son cours : la fièvre s’empare du corps qui subit une attaque. Les timbales donnent des coups; les cordes basses et les vents étirent et distendent la mélodie; les cordes aiguës donnent une voix à la panique de l’artiste pris de convulsions. Le tempo s’accélère et reflète la violence de la maladie qui consume l’artiste. Les doux et incessants battements de cœur du début se transforment en épuisants battements – le cœur s’emballe – des cuivres et des timbales. Au comble de la fièvre, la roue semble tourner : ce n’était peut-être pas la fin…

Le hautbois, qui avait un peu plus tôt signalé les souvenirs, nous revient alors que l’atmosphère se calme. L’artiste se penche sur sa vie au son des cordes ruisselantes. Les flûtes rappellent le passé lointain, la jeunesse innocente, teintés d’un brin de mélancolie des violons. Une modulation annonce l’entrée des cors, décrivant pour la première fois un jeune homme confiant, prêt à prendre sa place dans le monde; cette confiance en soi, incarnée en une ornementation virtuose des violons, se développe d’une mesure à l’autre et est ponctuée par le retour insistant du motif du battement de cœur, lequel nous ramène inexorablement à la triste réalité. Mais des souvenirs refont surface : l’artiste se remémore la vigueur de la jeunesse et l’épanouissement de son premier amour – c’est l’un des passages les plus radieux et les plus inspirants de l’histoire de la musique. Ce sommet à peine atteint, les ténèbres rejaillissent, la maladie réprimant ces moments de bonheur – sinistres passages au hautbois et à l’alto. La lutte entre l’espérance et le désespoir se poursuit tandis qu’un deuxième sommet d’optimisme est aussitôt refréné. La musique s’intensifie. De nombreux motifs se recoupent : ici, les battements de cœur désordonnés et la violence de la fièvre; là, la jeunesse et la vitalité, et enfin domine le souvenir éclatant d’une vie bien vécue, remplie de bonheur et d’amour. L’artiste est à bout de force; un passage chromatique marque la diminution de son énergie. Les battements de cœur et la respiration haletante reprennent. Le silence et la solitude rongent l’artiste. Un ultime et terrifiant accès de fièvre prend le corps d’assaut, lui donne des convulsions, et la vie se détache violemment; un coup de tam-tam est le signe du passage d’un monde à l’autre…

Et c’est au son de ce tam-tam que l’extraordinaire, enveloppante, transfiguration débute. Pendant plusieurs minutes, la musique décrit l’inexorable et délicate ascension de l’âme vers les cieux, et atteint inévitablement une note aiguë, unique et rassurante, des violons. Les portes du paradis s’ouvrent, c’est le moment-charnière : l’artiste doit maintenant accepter la mort, franchir le seuil du paradis et dire adieu à ses souvenirs. Le thème héroïque de l’amour revient, transfiguré : l’artiste se retourne avec hésitation et mélancolie pour contempler sa vie, puis avance vers la lumière avec foi. Ce parcours de la vie à la mort culmine en l’une des plus grandes cadences du répertoire symphonique, éclatante et sereine, doucement énoncée en do majeur et évoquant la paix que l’artiste a enfin trouvée.

J’espère que ce chef-d’œuvre vous plaira, et je vous transmets, à vous et les vôtres, mes vœux de santé et de bonheur.

Ne manquez jamais une livraison

Inscrivez-vous à notre liste d'envoi!
N’oubliez pas de remplir cette section
N’oubliez pas de remplir cette section
Veuillez indiquer une adresse courriel valide

Menu