Influences épiques et danse en socquettes – Questions à Amber Funk Barton et Josh Martin

Josh Martin et Amber Funk Barton © Yannick Grandmont
Josh Martin et Amber Funk Barton © Chris Randle
Josh Martin et Amber Funk Barton © Tim Summers

Amber Funk Barton et Josh Martin – deux des jeunes chorégraphes les plus en vue de Vancouver – font leurs débuts dans la programmation de Danse CNA au cours de la saison 2014-2015, présentant chacun un solo contemporain en plus d’interpréter un saisissant duo, Hero & Heroine. Leur programme, conçu expressément pour le CNA, comprend une création de Barton coproduite par Danse CNA.

Q : Comment se présente la scène de la danse à Vancouver en ce moment?

AFB : Il y a une grande diversité dans un large éventail de styles. Il y a tellement de nouveaux danseurs qui émergent [. . .] et ils sont extrêmement ouverts en ce qui concerne la nature même de la danse et les modes de création. Je pense que c’est une période vraiment passionnante, surtout pour moi qui suis née et ai grandi à Vancouver, avec tous ces réseaux d’artistes qui se croisent et travaillent ensemble. Je crois qu’on peut affirmer que c’est une communauté très unie.

JM : Je pense que tout le monde a trouvé sa propre niche, sa place au sein de la communauté. Ce qui en fait un terreau fertile pour les collaborations. Plusieurs créateurs de danse, ailleurs au Canada, me disent qu’ils sont surpris de constater à quel point le milieu est tissé serré ici. Nous en retirons une certaine fierté; nous suivons assidûment nos démarches respectives et nous passons beaucoup de temps dans les studios les uns des autres. Quant à la danse proprement dite… Je dirais qu’elle part souvent de la colonne; il se fait beaucoup de danse en socquettes récemment! Mais je crois qu’ici, à Vancouver, on a toujours mis l’accent sur le mouvement, l’invention, et une danse étroitement liée au corps lui-même.

Q : Qu’est-ce qui vous a amenés à la danse, et plus particulièrement au milieu de la danse de Vancouver?

AFB : Pour faire une histoire courte : pendant de nombreuses années, je n’ai juré que par le ballet classique. Puis, au milieu de l’adolescence, j’ai été initiée à la danse moderne et j’ai eu le coup de foudre.

JM : Ma décision était liée au désir de quitter l’Alberta pour aller plus loin dans ma démarche en danse. J’avais donc le choix entre Montréal, Toronto et Vancouver, et j’ai opté pour l’endroit où il neigeait le moins! J’en avais assez de la neige! Vancouver était un excellent choix à tous points de vue.

AFB : J’ai choisi de rester à Vancouver, et je suis très heureuse de ma décision. Je me sens privilégiée de pouvoir côtoyer tant de personnes avec qui j’ai eu le bonheur de travailler, dans tellement de styles différents.

Q : Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment en êtes-vous venus à collaborer sur le duo que vous présenterez au CNA plus tard ce mois-ci, Hero & Heroine?

AFB : J’ai fait la connaissance de Josh à un moment où je recherchais le type de danseur polyvalent que mes chorégraphies réclamaient. Bref, j’ai rencontré Josh et j’ai tout de suite eu envie de travailler avec lui.

JM : Nous collaborons régulièrement à nos créations respectives depuis ce temps.

AFB : Quand on trouve quelqu’un avec qui ont travaille et que ça clique, on veut associer cette personne à sa démarche et la garder dans sa vie. Il est rare qu’on rencontre quelqu’un qui comprenne exactement ce qu’on veut faire, et qui puisse l’interpréter avec précision. Josh est merveilleusement intuitif. Travailler avec lui, c’est du bonbon. Il est un de mes partenaires de danse préférés. Les pièces [du puzzle] sont tombées en place les unes après les autres. J’avais du plaisir à travailler avec lui, et j’en suis venue à me dire que ce serait intéressant de voir ce que nous pourrions faire ensemble, rien que nous deux.

Q : Parlez-moi un peu de Hero & Heroine. À quoi pouvons-nous nous attendre?

AFB : Tout a commencé par une histoire d’insomnie. L’histoire de deux personnes qui n’arrivent pas à dormir. C’est arrivé à une époque où j’avais effectivement des troubles du sommeil. Ça s’est transposé dans ce monde onirique que chacun possède, qu’on l’appelle « rêve éveillé » ou « subconscient », dans lequel on devient soi-même son pire ennemi. Nous sommes tous nos propres héros ou héroïnes dans nos rêves. [Les partenaires] plongent dans le sommeil et en sortent tour à tour, dans le duo [. . .], entretenant constamment une lutte de pouvoir à l’intérieur de ce rêve. J’ai voulu faire en sorte qu’il y ait des moments identifiables, que la relation soit platonique ou amoureuse. C’est très large, de manière à ce que chaque spectateur puisse plonger au cœur de cette expérience et comprendre ce qui s’y passe, tout en l’interprétant à sa façon.

JM : C’est une relation ordinaire qui est magnifiée de manière à grossir les traits et intensifier les sentiments que nous éprouvons envers nos partenaires et les membres de notre entourage, les personnes sur lesquelles nous comptons. C’est passablement physique, rapide, avec des moments fulgurants à deux, et beaucoup d’échanges extravagants entre nous, tantôt drôles, tantôt un peu tristes... Ça brasse pas mal d’émotions. Mais le cadre surréaliste permet, je crois, de faire apparaître le drame sans tomber dans le mélo.

Q : Parlez-moi de vos solos. Amber, que peux-tu me dire au sujet de ta nouvelle création, Surrender, et Josh, à propos de Leftovers?

AFB : Je devrais peut-être seulement dire que j’ai beaucoup regardé Game of Thrones récemment! [. . .] Ce personnage, cette fille, s’est imposé à moi. Je pense qu’elle est un prolongement de moi-même. Je me demandais : qu’est-ce que la bravoure, en réalité? Que signifie être courageuse? Est-ce que ça veut seulement dire être têtue au point de continuer à se battre jusqu’au bout, en refusant de s’avouer vaincue? Ou est-ce que ça peut vouloir dire qu’à un moment donné, on décide de réduire ses pertes en admettant sa défaite, en acceptant ses limites? C’est l’histoire de cette fille qui se bat et il y a une sorte de dimension épique qui se déplace dans l’espace en essayant de faire apparaître le monde qui lui est propre – et même si ce n’est pas physiquement présent, on peut le voir bouger. Une bataille à l’épée se déroule. C’est concret. Mais en  même temps, ça devient un véhicule imaginaire pour creuser ces questions.

JM : [Leftovers] est fait de petits riens et de fragments rassemblés sur une longue période. Je portais [cette pièce] en germe depuis 2012. C’est une construction permanente. C’est toujours en progrès. À la base, c’est beaucoup d’improvisation spatiale, une improvisation extrêmement structurée qui a donné naissance à quelque chose de très concret. Mais je me garde beaucoup de jeu chaque fois que je l’interprète. C’est un peu angoissant mais, en même temps, c’est d’autant plus passionnant de disposer d’un véhicule que je peux retravailler sans cesse.

Q : Amber, Danse CNA a pu contribuer à la création de Surrender. C’est une coproduction de Danse CNA. Dans quelle mesure cet apport a-t-il influencé le développement de cette pièce?

AFB : Ça signifie que je peux disposer d’une musique originale. Que je peux compter sur plus de temps de studio. Seulement d’être considérée pour une coproduction est un immense honneur en soi. J’ai le plus grand respect pour le CNA. [Un tel appui] t’aide comme artiste, en te permettant d’aller au bout de ce que tu dois accomplir, et en te donnant une occasion de plus de créer et de définir ta démarche artistique, et de préciser ta vision.

Q : Quels sont les sentiments qui vous habitent en venant présenter ce programme à Ottawa dans le cadre de la saison de Danse CNA?

JM : En danse, ces courtes pièces ont beaucoup de difficulté à s’imposer. C’est vraiment emballant de pouvoir présenter des œuvres variées regroupées dans un même programme. Ça va être super! J’ai travaillé avec Le Groupe Lab de Danse à Ottawa pendant une saison, en 2007, et l’une des choses que j’appréciais le plus à Ottawa était d’avoir accès aux séries de Danse CNA. Il n’y a pas mieux.

AFB : Je suis extrêmement honorée de partager ce spectacle avec Josh. Pouvoir travailler avec un interprète et un danseur tel que lui a fait de moi une meilleure chorégraphe. Je suis très reconnaissante envers Cathy Levy, non seulement pour la coproduction mais pour nous avoir offert cette occasion de nous produire à Ottawa. Quant on est sur la côte Ouest, il n’est pas facile de jeter un pont pour couvrir la distance qui nous sépare de l’Est du pays. C’est une occasion extraordinaire qui s’offre à nous. Je déborde de reconnaissance ces jours-ci! Je suis galvanisée par ce spectacle.

POUR EN SAVOIR PLUS LONG :
Compagnie de Josh Martin, 605Collection
Compagnie d’Amber Funk Barton, the response.


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