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Enregistrements de l’OCNA

Clara - Robert - Johannes

Les favoris des muses

Publié le 8 mai 2020

Compositeurs : Clara Schumann, Robert Schumann, Johannes Brahms
Interprètes : Orchestre du Centre national des Arts du Canada, Alexander Shelley, Gabriela Montero
Periodes :  Romantique

 

Cet album, le premier de quatre, fait partie d’un qui cycle explore les étroits liens personnels et artistiques qui unissaient ces trois géants de la musique : Clara Schumann, Robert Schumann et Johannes Brahms. Le cycle, qui comprend de véritables joyaux, mettra en relation les symphonies de Robert Schumann et celles de Johannes Brahms, ainsi que les oeuvres de musique de chambre et de musique orchestrale de Clara Schumann.

« J’ai toujours adoré ces symphonies, qui ont beaucoup en commun, et je rêvais de les enregistrer et de les publier sur un même album. Bien sûr, on ne peut parler de ces deux compositeurs sans mentionner Clara Schumann, qui a beaucoup influencé Brahms et son mari, et qui était, de son vivant, aussi connue que ce dernier. En combinant les symphonies de ces deux compositeurs avec les oeuvres de Clara, nous avons voulu créer, avec l’aide de la spécialiste de Clara Schumann Julie Pedneault-Deslauriers, une trame narrative captivante permettant de mieux comprendre les liens étroits entre la vie et l’oeuvre de ces trois grands noms de l’époque romantique. » – Alexander Shelley

Les favoris des muses

Par leur première symphonie, tant Schumann que Brahms ont signalé leur entrée sur un territoire musical où Beethoven régnait encore : ces oeuvres témoignent d’une vive conscience historique et ont été composées pour la postérité. Clara Schumann n’a pas composé de symphonies, mais a néanmoins créé quelques oeuvres de grande envergure dans les genres « sérieux » qui donnaient accès au statut de compositeur professionnel à l’époque. Ainsi, cet album présente son Concerto pour piano, op. 7, sa première (et unique) oeuvre multimouvement pour orchestre. En hommage aux célèbres talents d’improvisatrice de Clara, qui improvisait pour s’échauffer et pour relier les pièces en concert, Gabriela Montero se lance dans ses propres improvisations inspirées de la musique de la compositrice. Sur ces albums, les trois compositeurs intègrent l’élan et les techniques de l’époque romantique aux genres classiques.

Notes par Julie Pedneault-Deslauriers

Réflexion de Julie Pedneault-Deslauriers

Clara, Robert, Johannes : derrière ces prénoms se cache l’histoire de trois musiciens fort doués. Chacun d’entre eux est passé à l’histoire, mais a aussi atteint de nouveaux sommets dans son parcours artistique grâce aux liens qui l’unissaient aux deux autres.

Johannes Brahms (1833-1897) n’a que 20 ans en 1853 lorsqu’il frappe à la porte des Schumann à Düsseldorf, ses premières partitions à la main ; alors un aspirant compositeur espérant impressionner un éminent collègue à l’avant-garde du romantisme. On raconte que Robert avait à peine écouté le début de la première sonate pour piano de Brahms qu’il courait chercher Clara pour lui faire entendre « l’enfant chéri des muses », comme il surnommerait bientôt Brahms. Dès lors, autour d’un piano se noue une amitié profonde et intense qui les soutiendra tous les trois jusqu’à la fin de leurs jours.

Des trois, Clara Schumann (née Wieck, 1819-1896) est la première à acquérir une renommée internationale. Lorsqu’elle épouse Robert en 1840, elle fait déjà partie des virtuoses du piano les plus en vue en Europe. En soixante ans de carrière comme concertiste et professeure, Clara transforme la culture de concert de son époque en interprétant des oeuvres de Bach et Beethoven jugées « difficiles » et en mettant la musique des romantiques à l’avant-scène, en particulier celle de son mari.

Clara est aussi une excellente compositrice dotée d’une vive imagination poétique et d’une grande maîtrise technique. Ses oeuvres – pour la plupart des lieder et des pièces pour piano seul, à l’exception de quelques incursions du côté de la musique de chambre et d’orchestre – affichent un lyrisme poignant, des harmonies hautes en couleur et une grande virtuosité. Dès l’enfance, la composition occupe une place importante dans la vie de Clara, et ce, jusqu’à la mort de son mari en 1856. Malheureusement, au moment de la rencontre avec Brahms en 1853, Clara ignore qu’une tragédie frappera bientôt sa famille et écourtera sa carrière de compositrice.

En 1853, Robert Schumann (1810-1856) a déjà composé la plupart de ses chefs-d’oeuvre, dont plusieurs cycles de lieder et pièces pour piano d’une poésie et d’une inspiration à couper le souffle, de même que quatre symphonies profondément originales. C’est la force d’innovation et l’inventivité de la musique de Robert qui ont attiré Brahms à Düsseldorf. Robert, quant à lui, saisi par le génie créatif de Brahms, publiera bientôt un article d’un enthousiasme débordant intitulé Chemins nouveaux, dans lequel il ira jusqu’à ériger Brahms en sauveur de la musique. Les Schumann prennent généreusement le jeune homme sous leur aile et le font entrer dans leur large cercle artistique.

Plus tard cette année-là, Robert Schumann tombe gravement malade. Sa maladie le mènera, quelques mois plus tard, à une tentative de suicide, puis à son internement à l’asile d’Endenich, où il meurt en 1856. Dans l’intervalle, la relation entre Clara et Johannes se transforme. Leur amitié initiale, née dans la foulée du patronage des Schumann, se mue en un lien puissant qui les unira pour la vie. Johannes sera d’un grand secours pour Clara tout au long de l’internement de Robert. Il demeure à Düsseldorf, s’occupe de différents aspects de la maisonnée des Schumann et aide à prendre soin des enfants du couple. Il se rend aussi à l’asile visiter Robert, qui lui demande de lui envoyer de la musique à lire et à jouer.

La correspondance entre Johannes et Clara durant cette période témoigne indubitablement de liens d’affection grandissants, bien que la nature exacte de ceux-ci fasse encore l’objet de spéculations. Après le décès de Robert, par contre, les deux amis semblent atteindre un point de non-retour et décident de poursuivre, chacun de son côté, leurs carrières respectives. Leur amitié sincère perdurera, alimentée à la fois par un attachement personnel et une collaboration professionnelle auxquels se mêlent le souvenir et la musique de Robert. Ainsi, Clara consultera Johannes lorsqu’elle dirigera l’édition complète des oeuvres de Robert, tandis que Johannes continuera de lui montrer régulièrement ses manuscrits et d’aller la voir en concert. Les deux meurent à moins d’un an d’intervalle.

L’écheveau de liens personnels et artistiques qui unit ce trio extraordinaire de musiciens fascine encore de nos jours. Les Schumann étaient des collègues dont les conversations artistiques se reflétaient dans leur art. La musique de chacun est une valse sans fin de renvois et d’allusions à la musique de l’autre, danse à laquelle Brahms a aussi participé. Après le décès de Robert, Clara continue, avec une nouvelle détermination, à faire connaître l’oeuvre de son mari en concert. Elle contribue aussi à l’essor de la carrière de Johannes en créant dix de ses oeuvres, en plaidant pour sa cause auprès des éditeurs et en le conseillant judicieusement. Au fil du temps, les réputations de Robert et Johannes finiront par supplanter celle de Clara; ce n’est que depuis quelques décennies qu’on réévalue le rôle central qu’elle a joué à l’époque romantique. Les trois musiciens se sont rencontrés à un moment crucial de leurs carrières : au crépuscule de celle de Robert, à l’aube de celle de Johannes. Clara, elle, était le soleil éternel –ou peut-être l’étoile – qui a éclairé leurs parcours respectifs, mais qu’on apprécie de plus en plus pour sa propre lumière.


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