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Le 24 mai 1864, près de 4 000 Autochtones se sont rassemblés pour écouter le discours du gouverneur d’alors, Frederick Seymour, à l’occasion des célébrations entourant l’anniversaire de la reine Victoria. The Promise: 1864 raconte cet événement historique et rappelle une promesse non tenue.

Déclaration du conteur : Ronnie Dean Harris

En 1864, un grand rassemblement a eu lieu à l’endroit aujourd’hui occupé par le quartier Sapperton et le parc Sapperton Landing, à l’occasion de l’anniversaire de la reine Victoria. Ce rassemblement allait avoir bien des conséquences sur de nombreuses vies, dont la mienne lorsque j’ai découvert mes propres liens ancestraux avec ces événements.

J’ai eu vent de ce grand rassemblement pour la première fois en faisant des recherches sur l’histoire de la ville de New Westminster. J’avais découvert qu’une série de rencontres avait eu lieu pour l’anniversaire de la reine, et que des milliers de nos ancêtres étaient venus de loin pour entendre la parole du gouverneur Seymour. En approfondissant mes recherches, j’allais découvrir l’existence d’une trame de tradition orale qui s’est tissée autour de ce rassemblement et de « la promesse » du gouverneur Seymour, que les personnes ayant répondu à son appel avaient rapportée avec elles à bord de leurs canoës.

Depuis que j’ai appris l’existence de ce rassemblement, je me suis attaché à le raconter et à mettre en évidence son importance historique et géographique pour Sapperton, l’un des plus vieux établissements de l’ouest du Canada, et pour les familles qui ont été directement touchées par ces événements. J’ai déménagé dans Sapperton, depuis, et je m’efforce d’approfondir ma compréhension de l’importance de ce lieu, des données historiques et cosmologiques inscrites dans les repères terrestres, et de la mémoire du sang de nos traditions orales.

Il ne s’agit ni d’une doctrine ni d’un évangile, mais d’un fil, voire d’une intersection où les fils se rencontrent, dans la grande tapisserie de notre réalité coloniale.
 

Transcription de l’histoire

ʔa səy̓em̓,, 

Vous avez ici l’occasion d’être témoin d’une œuvre née de cette époque et de cet espace. Laissez ces mots toucher votre cœur et votre esprit. Cela étant dit, voici un récit qui fait partie de la conscience de notre peuple, transmis d’une génération à l’autre depuis le jour où il a eu lieu au confluent de deux cours d’eau. Les récits sont comme les fils d’une toile ou d’une tapisserie. Ce ou ces comptes rendus que je partage avec vous sont autant de points de rencontre des fils de la grande toile que forme notre réalité. Des liens intergénérationnels à cet événement et des recherches personnelles ont attisé mon intérêt pour lui. Je vais tenter de vous présenter ma version de ce qui s’est passé tandis que nous déambulons ensemble. 

En 1864 s’est déroulé ici un grand rassemblement, dans ce qu’on appelle aujourd’hui Sapperton, dans New Westminster, et qu’on connaissait alors comme Queensboro, mais avant cela, ce lieu a eu bien d’autres noms. Le village de pêcheurs établi à l’endroit où la rivière Brunette joint le fleuve Fraser était appelé tsicələs par les x ʷməθkʷəy̓əm (Musqueam) et skʷəkʷtɛ'xʷqən par le peuple Katzie. Devant nous, tandis que nous continuons notre promenade, se trouve le pénitencier connu sous le nom de scłi'qən’, et notre destination, le ravin Glenbrook, s’appelait Stautlo, par référence au ruisseau; en 1859, à l’arrivée des sapeurs, le chef Tsimilano y résidait, jusqu’à ce qu’on le force à déménager à qiqéyt, un autre village de pêcheurs sis de l’autre côté du fleuve. Plus à l’ouest se trouve la pierre commémorant l’histoire des Xexá:ls, les transformateurs, et de leur interaction avec l’assassin sxʷa'ayməɫ. Le promontoire de New Westminster a déjà eu pour nom sχʷəyem, d’après la pierre commémorative enfouie à la construction de la voie d’accès au pont Pattullo. Deux gros blocs rocheux marquent cet endroit près de l’actuelle voie d’accès. Il y a maints lieux dans cette région qui portent des toponymes traditionnels, liés à des histoires sacrées et des récits captivants. Voilà bien des fils et bien des anecdotes pour une autre fois.  

Mais en 1864, des célébrations marquant l’anniversaire de la reine Victoria avaient été organisées. Le nouveau gouverneur de la colonie, Frederick Seymour, aurait demandé aux missionnaires oblats de Marie-Immaculée, postés en amont du fleuve à Mission, de communiquer avec les peuples autochtones riverains par l’entremise de leur réseau. Ce serait l’occasion, pour Seymour, de faire leur connaissance et d’établir des liens avec eux, comme l’avait fait le gouverneur précédent, James Douglas. C’était alors une époque troublée pour la région. Un récent conflit impliquant des guerriers Cowichan, connu sous le nom de « Massacre de Bute Inlet », conférait aux célébrations une atmosphère tendue. Les invitations ayant été lancées, les festivités devaient bien avoir lieu. Le gouverneur Seymour lui-même écrivit à ce sujet : « près de 3500 Autochtones se présentèrent en procession par voie fluviale sous la conduite des missionnaires; les canots formaient une scène frappante tandis qu’ils passaient la pointe du fleuve Fraser et s’approchaient de ma demeure. » Governor’s House – lieu dans la direction duquel nous allons – était sise près du ruisseau qu’on appelle aujourd’hui Glenbrook. La résidence a été érigée sur le territoire qu’occupait le chef Tsimilano avant la fondation de New Westminster en 1859. Le père Gendre de la mission oblate a rédigé dans son journal l’un des comptes rendus les plus détaillés des événements; il y mentionne son confrère Léon Fouquet. Avertissement : le langage employé peut être troublant pour les personnes qui vivent actuellement dans un contexte colonial. « Le RP Fouquet se déplaça parmi les rangées d’indigènes pour donner ses ordres, et à son signal, toutes les embarcations firent voile vers le large. De six à sept cents bateaux et canots glissèrent dans le courant du Fraser. Soixante drapeaux, où brillait le symbole de la rédemption, s’agitaient au gré du vent. Cinquante-cinq chefs sauvages dirigeaient la première ligne; les élèves de Sainte-Marie avaient une place d’honneur; ils entonnèrent le chant de l’aviron, et 3500 miles tenaient les montagnes et forêts à distance. » 

Alors, si l’on regarde en amont du fleuve, on peut imaginer de 600 à 700 canots s’approcher. Le père Gendre raconte aussi l’accostage à proximité de la résidence du gouverneur. Celle-ci était située près du numéro 77, Jamison Court, en direction de la rue Columbia et des deux séries de voies ferrées qu’on voit ici. Imaginez un atterrage ressemblant une plage entre ici et Governor House. Le père Gendre raconte que le rassemblement eut lieu à quelques pieds de la résidence; le RP Fouquet déplia solennellement un grand parchemin attaché de rubans rouges et lut le nom de tous les chefs sauvages avec attention et dans l’ordre, afin de ne pas insulter leur vanité, puis les invita à se placer en demi-cercle pour qu’il n’y ait pas de dernier. Puis, à midi, le RP Fouquet prit sa place d’honneur, et le gouverneur arriva sur les lieux avec ses officiers en tenue militaire, les membres de sa garde et une fanfare. Gendre indique que le tonnerre de 20 000 applaudissements pour le gouverneur pouvait être entendu à une vaste distance. Puis le silence se fit, et le premier chef présenta une allocution en langue autochtone, traduite d’abord en jargon chinook, une langue véhiculaire, puis en anglais par le RP Fouquet lui-même. La réponse du gouverneur fut traduite en chinook, puis dans d’autres langues autochtones. Le processus était ensuite répété par des orateurs embauchés pour l’occasion, ce qui fit apparemment sourire les personnes présentes. Gendre continue son récit avec la distribution de cadeaux : « Les discours furent en effet suivis de présents. Chaque chef se présenta devant Son Excellence pour recevoir un présent royal : un beau bonnet rehaussé de galons dorés aussi étincelants que les rayons du soleil, joies du jour. Cinquante-cinq chefs, cinquante-cinq bonnets. Les jeunes élèves de Sainte-Marie se présentèrent devant le gouverneur l’un après l’autre pour recevoir promesses, poignées de main et rubans. Une fois les présents distribués, le gouverneur rentra chez lui sous les applaudissements étourdissants de la foule. » 

Parmi elle, ce jour-là, se trouvait mon arrière-arrière-arrière-grand-père, le chef Kwikwetlem William, aussi connu sous le nom de xey-tey-nem. D’après un article de 1951 rédigé par Andy Paul, il avait environ 10 ans le jour où le gouverneur Seymour s’adressa à 2000 Autochtones et 85 chefs dans le village de colons de Sapperton pour les informer que les Britanniques allaient leur offrir une compensation adéquate pour leur territoire, que ceux-ci allaient dorénavant contrôler et gouverner sous l’autorité de Sa Majesté la reine Victoria, qui en faisait la promesse. L’article indique que xey-tey-nem fut témoin du moment où le gouverneur Seymour offrit au chef Tsimilano un sceptre d’argent orné à son sommet d’une réplique de la couronne de la reine Victoria. Un sceptre semblable fut également offert à un autre chef vivant en amont du fleuve Fraser et le gouverneur nomma capitaine son père John. J’ai moi-même eu l’occasion de voir ce sceptre de mes propres yeux.  

Mon lien personnel à ce récit me ramène à l’année 1991 : mon cousin germain – qui est comme un frère pour moi – et moi avons reçu nos noms ancestraux et des articles cérémoniaux dans le cadre d’un rassemblement traditionnel de plus de 500 personnes venues de tous les coins de la région Halq'emeylem. À cette occasion, j’ai reçu le nom ancestral Malō:yhleq, nom traditionnel du chef James de Yale, en amont du fleuve. Le grand-père de mon cousin a offert à celui-ci le nom qu’il portait lui-même, nul autre que Tsimilano. Notre oncle qui réside au village x ʷməθkʷəy̓əm (Musqueam) a le fameux sceptre en sa possession, et c’est chez lui que je l’ai vu pour la première fois, sans en connaître l’importance historique.  

Dans nos cultures, les rassemblements sont synonymes de gouvernance. Mais vingt ans après notre événement, en 1884, ces rassemblements, connus sous le nom de « potlatches » mais que le peuple de la région nomme « stlun’uq », furent bannis jusqu’en 1951. L’offre d’un présent en échange de paroles et de gestes fait partie intégrante des pratiques culturelles de nos ancêtres depuis des générations. On a souvent l’impression que les peuples autochtones ont donné leurs terres pour des boutons et des couvertures. Mais, selon notre point de vue, le bouton ou la couverture est un symbole qui rappelle l’importance de l’échange et des paroles proférées au cours de ces interactions culturelles. Il est de la responsabilité des témoins de garder en mémoire l’événement et d’en partager les détails avec leur communauté. Dans le cadre de la gouvernance quotidienne, il arrive qu’on s’appuie sur ces témoins en cas de conflit ou de dispute et pour organiser diverses cérémonies. Celles-ci peuvent marquer une naissance, une adoption, un mariage, des funérailles ou tout autre événement apportant un changement d’ordre social ou gouvernemental. Ainsi, un orateur invité pour l’occasion peut demander l’appui de témoins, chacun desquels reçoit, de la part de membres de la famille concernée, des présents et des marques de respect, ce qui a pour effet de renforcer la prépondérance du rôle de témoin dans le cadre des échanges sociaux. Ces présents ont plus récemment pris la forme de pièces de monnaie. De nos jours, deux pièces de vingt-cinq cents sont communément offertes aux témoins pour symboliser leur rôle dans la vie d’une famille ou d’une communauté durant nos « Stl’etl’axel » ou rassemblements. Pour les Autochtones réunis ici en 1864, les jetons dorés, médaillons, chapeaux brodés d’or et autres bricoles offerts auraient certainement symbolisé des paroles importantes à retenir en fonction de leur point de vue culturel et de leur vision de ce type de réalités sociales. En un mot, nous avions été invités à l’événement, et nous pensions qu’on nous demandait d’en être témoin.  

Une partie des discours peut être reconstruite à partir des différents comptes rendus et récits historiques.  

Les chefs autochtones auraient dit au gouverneur Seymour : « Les chefs indiens de New Westminster, Fort Yale, Fort Douglas et Lilooet ont résolu ensemble de s’adresser au gouverneur, représentant de la reine Victoria par l’intermédiaire de ses représentants, comme suit : Grand chef anglais, nous vous supplions de nous permettre de vous parler. Nous, les Indiens, sommes rassemblés pour vous accueillir et vous montrer notre bonne foi. Nous connaissons le bon cœur de la reine envers les Indiens, et souhaitons que vous ayez aussi bon cœur. Nous sommes heureux de vous accueillir ici. Nous souhaitons devenir de bons Indiens et les amis des Blancs. Protégez-nous des méchants Indiens et des méchants hommes blancs. S’il vous plaît, protégez nos terres et qu’elles ne soient pas petites pour nous. Plusieurs sont heureux de leurs réserves et plusieurs souhaitent qu’elles soient bien délimitées. Veuillez nous donner de bonnes choses et aidez-nous à devenir aussi bons que les hommes blancs en échange des terres occupées par ceux-ci. Nos cœurs seront toujours remplis de bonté et de gratitude envers la reine et vous, grand chef. Nous avons terminé. » 

On a ainsi rapporté les paroles du gouverneur Seymour : (11:32) « Mes amis indiens, je suis heureux de vous voir et de réaliser qu’un grand nombre d’entre vous est venu pour montrer sa loyauté envers la reine. Vous avez raison : la reine a bon cœur à l’égard des Indiens. Je serai bon pour eux, mais sévère envers les mauvais Indiens. Je les punirai comme ils le méritent. Je me réjouis que vous renonciez aux boissons alcoolisées, qui ne sont pas bonnes pour vous. Comme vous le dites, il y a ici un territoire suffisamment vaste pour les hommes blancs et les Indiens. Vous ne serez pas dérangés dans vos réserves. Je saurai vous protéger des mauvais hommes blancs et des mauvais Indiens. Je suis heureux que vous souhaitiez être civilisés et égaler l’homme blanc. Cultivez vos terres. Envoyez vos enfants à l’école. Écoutez ce que vous disent les membres du clergé et croyez-les. Je suis un étranger, ici, et je ne parle pas encore votre langue, mais je suis dans mon cœur un ami pour vous, comme l’a été mon prédécesseur. J’ai pour vous des présents négligeables, mais l’an prochain, à l’anniversaire de Sa Majesté, je donnerai de bien meilleurs présents à tous les bons chefs indiens. Ceux qui se seront mal comportés n’auront rien. Je vous dis au revoir et vous souhaite une agréable journée. Voilà. » 

(12:43) L’intention des orateurs et ce qui a été rapporté dans différents documents ne correspondent pas complètement avec ce que les traditions orales ont retenu. Voyez-vous, dans les traditions orales de plusieurs ancêtres et aînés, il est question de la promesse qu’un quart – et dans certains cas, un tiers – des revenus tirés de la vente des territoires à l’extérieur des réserves serait mis de côté au profit des Autochtones. Il y a de nombreux comptes rendus de cette promesse transmis d’une génération à l’autre. En 1906, une délégation de chefs se rendit à Londres pour rencontrer le roi Édouard VII afin de demander des titres et droits autochtones, mais il n’y est nulle mention de cette question. Or, cette promesse de revenus et de cumul d’intérêts apparaît toutefois dans d’autres documents rédigés par nos ancêtres, comme le mémorial pour sir Wilfrid Laurier (1910) et celui pour Frank Oliver (1911). Plusieurs témoignages de la Commission royale de 1913 à 1916 font état de cette promesse et de fonds recueillis en faveur des Autochtones, comme c’est le cas chez mes ancêtres dont le nom traditionnel est lié à tout cela. Les événements qui suivirent le rassemblement qui eut lieu ici, en mai 1864, modifièrent davantage les territoires et les esprits de la réalité coloniale de la région et d’ailleurs. Mais les récits et souvenirs racontés autour du feu de notre tradition évoquent un grand « Stl’etl’axel » ou rassemblement et la promesse du représentant de la matriarche de la couronne, représentée par l’échange de dons et de marques d’estime que rapporteraient les chefs dans leur communauté et les voyageurs qui retiendraient ces intentions dans leur cœur et leur esprit. Aujourd’hui, nous nous tenons ici, sur des territoires non cédés, nous sommes conscients des répercussions de cette occupation et du complexe réseau de la mémoire cosmologique et historique inscrite dans ce paysage, dans les communautés qui lui sont liées. J’espère vous encourager à vous souvenir de ces événements qui se sont déroulés ici, dans ce lieu, et à mieux les comprendre. En regardant autour de vous, vous pourrez voir leur impact sur la terre et les cours d’eau, sur les liens qui se tissent entre toutes les créatures qui vivent sur ce territoire. J’espère que vous pourrez laisser cela entrer dans votre cœur et votre esprit, et que vous en serez le témoin. 

Merci. 
 


Crédits

Ronnie Dean Harris, écriture et interprétation

SAVAGE SOCIETY (Vancouver)

Darylina Powderface, coordination de l’engagement communautaire 
Cameron Peal, coordination de production 
Sherri Sadler, marketing et communication 
Chelsea Carlson, productrice administrative 
Safoura Rigi-Ladiz, rédaction et vidéographie 
Heather Cant, consultation (Cités autochtones)

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