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Un chef qui démarque : Paul Wells à propos de John Storgårds

John Storgårds

On ne peut en vouloir aux auditoires s’ils en viennent à confondre entre eux les chefs d’orchestre invités. Pendant deux heures (ou ce qui nous semble durer deux heures depuis la salle), notre Orchestre bien-aimé est aux mains d’un visiteur venu de loin qui, le plus souvent, ne dit pas un mot et passe presque toute la soirée à nous tourner le dos.

Parfois, néanmoins, ces visiteurs parviennent à laisser une forte impression. Et quand ils reviennent assez souvent, nous commençons à les remarquer, retenant leur nom et leur style, et nous avons hâte à leur prochaine visite. En tout juste deux ans, après seulement deux visites à Ottawa, j’ai commencé à marquer d’un astérisque le nom de John Störgards. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’attends avec impatience les concerts de l’Orchestre du CNA qu’il dirigera les 8 et 9 janvier.  

Le maestro Störgards vient d’être nommé premier chef invité de l’Orchestre du CNA. Il est le chef principal de l’Orchestre philharmonique d’Helsinki, ce qui fait de lui, à 51 ans, une figure de proue de la jeune génération de chefs d’orchestre finlandais. Ils sont nombreux, pour un si petit pays. (Hannu Lintu en est un autre dont nous savourons désormais chaque visite à l’avance.) Et John Störgards fait figure de héros de la classe ouvrière parmi les musiciens d’orchestre, parce qu’il était l’un d’eux il n’y a pas si longtemps : comme jeune violoniste, il occupait le poste de violon solo dans l’Orchestre symphonique de la Radio suédoise. Ce détail n’est pas anodin. Son empathie pour les musiciens, ses rapports d’égal à égal avec eux, sont indéniables quel que soit l’orchestre qu’il dirige. Il ne regarde jamais les autres de haut. 

Bien au contraire, c’est un homme réservé et peu loquace, comme on pourra s’en rendre compte quand je m’entretiendrai avec lui sur scène à l’issue de ces concerts. Mais la musique est toujours présente à son esprit; le renouvellement du répertoire lui tient à cœur – à travers le monde, peu de chefs d’orchestre ont dirigé et enregistré autant d’œuvres nouvelles que lui – et il se soucie constamment des praticiens de son art. On remarque une disparité touchante entre l’image qu’il projette et l’effet qu’il produit : c’est un homme trapu qui semble ne faire que des gestes très larges avec sa baguette, mais il obtient de l’orchestre un jeu subtilement nerveux et finement ciselé. Il a dirigé la Troisième symphonie de Sibelius ici, en 2013, comme s’il s’agissait d’un sombre secret qu’on se chuchote à l’oreille entre amis. C’était envoûtant.

À sa troisième visite, il dirigera l’orchestre dans un tout nouveau concerto pour basson du compositeur américain Marc Neikrug, une commande conjointe de l’Orchestre du CNA interprétée par notre basson solo Christopher Millard, ainsi que dans une passionnante symphonie romantique de Robert Schumann. C’est le genre de programme qui plaît à Jonh Störgards : une combinaison de valeurs sûres et de nouvelles avenues. Et c’est précisément le genre de concert que nous en sommes venus à attendre de lui.


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