Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.

50 ans de musique avec l’Orchestre du CNA

Chef d’orchestre : Alexander Shelley

Réflexion

J’ai assisté à mon premier concert de l’Orchestre du Centre national des Arts au début des années 1970. J’accompagnais mon père, qui travaillait alors à temps partiel comme critique musical. Lors de ce concert, et de la multitude d’autres qui ont suivi, je me souviens d’avoir entendu les grands noms de la musique classique tels Itzhak Perlman et Christoph Eschenbach. Mais c’est d’abord et avant tout le jeu poli, raffiné de l’Orchestre du CNA et de son chef fondateur, le charismatique Mario Bernardi, qui a su capter mon attention.

Bien des années plus tard, je me suis joint à l’équipe de l’Orchestre; c’était le début de l’aventure d’une vie. J’ai eu la chance d’entendre l’ensemble triompher à New York, Vienne, Paris et Londres, et j’ai pu le voir à l’œuvre, dans toute son excellence, de Duncan (C.-B.) à Cornerbrook (T.-N.-L.). Les œuvres exceptionnelles composées pour lui par des talents canadiens remarquables constituent aussi une réussite digne de mention. Je sais que tous les mélomanes du Canada se joindront à moi pour féliciter l’Orchestre du Centre national des Arts à l’occasion de son 50e anniversaire, et pour lui souhaiter autant de succès dans les 50 années à venir!

Réflexion

Je suis tombée en amour avec l’Orchestre du CNA, son énergie, son extraordinaire talent artistique et son superbe jeu d’ensemble. Tellement que ma famille et moi avons déménagé de l’Islande au Canada afin que je puisse me joindre à lui. C’est vraiment spécial pour moi de me joindre à l’Orchestre et au CNA alors qu’on célèbre leur 50e anniversaire. J’ai eu l’occasion de me familiariser avec le passé de l’ensemble, ce qui m’a donné bien des idées pour la suite des choses. Je ressens une grande responsabilité de poursuivre l’excellent travail de mes prédécesseurs et je suis enthousiaste à la perspective de contribuer à bâtir l’avenir de l’Orchestre. Je me sens honorée de jouer un rôle de leader au sein de cette extraordinaire et dévouée équipe de l’Orchestre du CNA.

En tant qu’orchestre, nous voulons transmettre à notre public et au monde entier le message que c’est dans la diversité des voix que se crée l’harmonie, et qu’en partageant nos expériences, nous sommes réellement unis. La musique symphonique nous relie au passé et nous donne une expérience active des plus grandes créations artistiques de l’être humain, mais aussi de leur vigueur et de leur modernité. C’est ce qui fait la magie de la musique et lui donne son pouvoir. J’ai hâte de vous voir à nos concerts et de partager ces moments avec vous.

Réflexion

Depuis 50 ans, l’Orchestre du Centre national des Arts enrichit la scène culturelle de la ville, de la région et du pays. Cette semaine, nous célébrons tout ce que représente cet ensemble remarquable : un interprète passionné et hors pair de répertoire symphonique audacieux; un fidèle partenaire d’inspirants talents créateurs d’un océan à l’autre; et une formation de musiciens parmi les plus talentueux au monde.

C’est pour moi un privilège et une source de fierté de diriger cet orchestre unique de calibre international. Ensemble, souhaitons-lui un joyeux 50e anniversaire!


C’est la deuxième fois que l’Orchestre du CNA joue le Concerto pour flûte et hautbois en do majeur de Salieri. La première fois remonte à 1982, avec Robert Cram à la flûte, Rowland Floyd au hautbois et Claudio Scimone au pupitre.

En 1971, Karel Ančerl était au pupitre pour la première prestation du Concerto pour orchestre de Bartók livrée par l’Orchestre du CNA. L’ensemble a interprété ce concerto plus récemment, en 2006, sous la baguette de Franz-Paul Decker.

L’Orchestre du Centre national des Arts, à 50 ans

Winston Webber, Assistant second violon solo
 

« Le Centre doit avoir un cœur qui bat. » 
– Jean Gascon, C.C. (1921–1988)

« Un bon orchestre est nécessaire. Un superbe orchestre serait plus pertinent. » 
– Louis Applebaum, C.C., O.Ont. (1918–2000)
 

Le 7 octobre 1969, dès les premières notes dramatiques de la Symphonie no 103 « Roulement de timbales » de Haydn, interprétée par Ian Bernard, timbalier de 23 ans formé à Montréal, le Centre national des Arts avait un superbe orchestre, et plus encore. Dès le premier jour, la vision la plus chère des fondateurs du CNA était d’avoir des artistes interprètes en résidence – le fameux « cœur qui bat » de Jean Gascon, qui a donné vie et crédibilité à l’ensemble du projet. Depuis ce tout premier concert, la justesse de cette vision a été démontrée par le succès éclatant de l’Orchestre.

J’ai eu la chance d’évoluer au sein de ce merveilleux orchestre pendant 34 de ses 50 ans. Mes longues jambes et ma posture moins qu’idéale sont familières à près de deux générations de spectateurs d’Ottawa, qui me sont tout aussi familiers – je les regarde droit dans les yeux. Je détourne mon regard de la partition et, wow, il y a 2 000 personnes devant moi. J’ai vraiment de la chance!

Des prestations particulièrement marquantes, en 50 ans de concerts à la Salle Southam, il y en a eu! Par où commencer? Si j’en mentionne une en particulier, de fidèles abonnés diront, probablement à juste titre, que j’ai oublié le VRAI concert par excellence, celui d’il y a 40 ans avec Beethoven… De mémoire, il y a eu d’innombrables interprétations de la Symphonie n° 7 de Beethoven, une spécialité de l’Orchestre du CNA, chacune acclamée davantage que la précédente, et des prestations vraiment époustouflantes, presque dangereuses, de la Symphonie n° 5 de Beethoven avec Gustavo Dudamel, Hannu Lintu et John Storgårds. C’est une expérience palpitante que celle d’assister à un spectacle si intense qu’on pourrait presque en casser quelque chose.

Mais c’est le tout premier concert de l’Orchestre, en 1969, qui doit occuper la place d’honneur parmi tous les autres – un jeune Mario Bernardi et un ensemble plus jeune encore montrant, en une soirée, que le panthéon des grands orchestres devait faire de la place pour en accueillir un autre. Et que dire des jeunes recrues… Au risque d’en nommer une au détriment des autres, je me permets de mentionner le premier hautbois, Rowland Floyd, arrivant sur scène pour la toute première répétition en costume d’apparat, portant une mallette Gucci et un parapluie Burberry, ressemblant à une idole et jouant comme un poète. Bien des années plus tard, Mario Bernardi était revenu diriger l’orchestre après une décennie d’absence; Rowland avait pris sa retraite depuis longtemps et le premier hautbois était, comme aujourd’hui, le brillant Charles « Chip » Hamann. Bref, Mario répétait le lied Le Chant de la terre de Mahler, célèbre pour son solo de hautbois, et « Chip » le joua avec finesse : un son saisissant, un phrasé exquis, une musicalité inégalée. Puis Mario arrêta l’orchestre, regarda Chip et dit : « Au fait, savais-tu que Rowland Floyd a commencé à peindre? »

Combien d’autres spectacles ont donné à la vie tout son sens? Encore une fois, au risque d’en omettre d’autres tout aussi méritoires, notons : une prestation lumineuse de Pelléas et Mélisande en concert avec Gabriel Chmura en 1988 et une interprétation saisissante de Madama Butterfly en concert avec Franco Mannino en 1989, supérieures à tout enregistrement commercial; un Eugène Onéguine d’une beauté déchirante en 1983, ultime production du Festival Ottawa, avec la grande Lois Marshall dans sa dernière (seule?) apparition dans un opéra avec décors et costumes; les visites du grand chef de chœur allemand Helmuth Rilling en 1987, avec son magnifique chœur, le Gächinger Kantorei, pour des prestations de la Passion selon saint Matthieu de Bach, de la Missa in Angustiis de Haydn et du Requiem de Mozart à Ottawa, à Montréal, au Kennedy Center de Washington et au Carnegie Hall; en 2002, une incroyable soirée Astor Piazzolla avec Franz-Paul Decker et le bandonéoniste Daniel Binelli, le plus grand d’Argentine, qui a rapporté à ses amis l’enregistrement de l’émission de la CBC en disant que c’était le meilleur Piazzolla qu’il avait jamais entendu; et deux prestations de la Passion selon saint Matthieu de Bach avec Trevor Pinnock en 1997, dont on se souvient encore aujourd’hui comme des expériences marquantes et divertissantes pour les participants. Trevor, en commençant la première répétition avec le double chœur et le double orchestre répartis à gauche et à droite sur scène, dit avec humour : « vous, à gauche, si je vous désigne, mais que c’est en fait à votre tour, vous, à droite, rappelez-vous simplement que je suis dyslexique. »

Loin de chez moi, sur un terrain de basketball converti à Kirkland Lake, j’ai vu des spectateurs sauter littéralement de leurs chaises pliantes dès le premier accord de Coriolan de Beethoven, tellement le son était impressionnant dans ce petit espace. Et j’ai vu 3 000 mélomanes allemands refuser d’arrêter d’applaudir après une superbe interprétation du Concerto pour violon de Beethoven avec Pinchas Zukerman, à Leipzig – après de nombreux saluts, nous avions tous quitté la scène, les lumières étaient allumées, mais les spectateurs ne voulaient pas rentrer chez eux. Il y a aussi cet homme d’affaires japonais impeccablement vêtu qui s’approcha de moi pendant que je prenais mon petit déjeuner à notre hôtel de Fukuoka, me demandant avec le plus grand respect quel était le merveilleux rappel que nous avions joué la veille (c’était le charmant Intermezzo des Quatre Rustres de Wolf-Ferrari, dirigé par Franco Mannino). Je me souviens aussi de cette fois où le même inimitable Franco Mannino avait, pendant la longue cadence de Claudio Arrau dans le concerto Empereur de Beethoven, discrètement sorti sa montre de poche.

Ayant son siège dans la capitale nationale, l’Orchestre peut se voir confier des responsabilités particulières lorsqu’il se produit à l’extérieur de la ville. Au début de sa tournée de 2014 au Royaume-Uni pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale, alors que nous attendions nos bagages à l’aéroport d’Édimbourg, nous avons été choqués de voir tous les téléviseurs de l’aéroport montrer des scènes de chaos, ici, au pays. Une horreur – pendant que nous étions dans les airs, un soldat canadien qui montait la garde au Monument commémoratif de guerre avait été abattu par un terroriste. Nous avons tous utilisé un mois de données sur nos téléphones pendant la nuit, essayant désespérément de joindre nos familles. Le lendemain soir, à Usher Hall, nous avons eu l’honneur solennel, en tant que compatriotes canadiens, de dédier le premier concert de la tournée commémorative au soldat décédé, le caporal Nathan Cirillo, et à tous ceux qui ont perdu la vie en protégeant notre merveilleux pays – le but de cette tournée, devenait soudain personnel. Alors que nous jouions « Nimrod » d’Elgar en leur honneur, nous contenions nos larmes, et le public aussi.

Quelques années plus tard, dans un moment des plus mémorables, nous avons interprété la nouvelle œuvre de John Estacio inspirée d’un poème de Rita Joe, « I Lost My Talk », sur le territoire de la Première Nation d’Eskasoni à l’île du Cap-Breton. C’était impressionnant, le poids de ce pan d’histoire ineffable et l’espoir de réconciliation que ce concert apportait, avec brio de surcroît, grâce au talent artistique et au tact de notre excellent directeur musical Alexander Shelley, qui en a été le moteur. Et, dans une autre galaxie très lointaine, nous avons joué la magnifique (et longue…) trame sonore de John Williams au fil d’une projection du film Harry Potter à l’école des sorciers, et ce, pendant deux soirs au Centre Canadian Tire devant 10 000 fans en délire. Mis à part le froid glacial du trajet à pied entre le Centre et l’aire de stationnement, c’était génial. Et, pour bon nombre de ces 10 000 personnes, il s’agissait peut-être d’un premier concert d’orchestre symphonique.

Pourquoi la musique a-t-elle tant d’importance? Je ne sais pas, mais c’est ainsi. À son meilleur, la musique que nous jouons touche au sublime. Nous pénétrons dans le cœur des grands esprits et des grandes âmes ayant marqué des siècles d’histoire et, dans ces moments-là, la peur et la mortalité disparaissent. Des expériences inoubliables. Et ce qui est formidable, c’est qu’en tant que musiciens et spectateurs, nous les vivons ensemble. Ce brillant premier concert, il y a 50 ans, reste gravé dans la mémoire de certains d’entre vous qui sont ici avec nous ce soir dans cette magnifique salle. Aucun autre grand orchestre au monde ne peut dire cela. C’est quelque chose, non?


Kevin Lau

Dark Angels, suite pour orchestre

Hong Kong, 22 novembre 1982
Vit maintenant à Toronto

Né à Hong Kong, Kevin Lau vit au Canada depuis l’âge de six ans. Il a fait toutes ses études de musique à l’Université de Toronto, où il a obtenu en 2010 un doctorat en composition sous la houlette de Christos Hatzis. Ses compositions ont été jouées par bon nombre des grands orchestres et ensembles du Canada, tels l’Orchestre du Centre national des Arts, les orchestres symphoniques de Toronto, Vancouver et Niagara, le Toronto Philharmonia, l’Orchestre philharmonique d’Hamilton, l’Orchestre de chambre du Manitoba, le Hannaford Street Silver Band et l’ensemble Made in Canada.

Son impressionnant catalogue comporte 25 œuvres pour orchestre écrites entre 2002 et 2019 (Between the Earth and Forever sera d’ailleurs présentée en première à Houston en février prochain par l’orchestre de chambre River Oaks); 15 œuvres pour grands ensembles de configurations variées; et 30 pièces de musique de chambre. Créé par Against the Grain Theatre à Toronto, son premier opéra, Bound, a été louangé par la critique. Un commentateur a dit de cette fascinante partition d’une heure : « Kevin Lau rencontre Haendel dans une ruelle sombre. »

En plus de composer pour les salles de concert, Lau a écrit la musique de plus d’une dizaine de films, se produit comme pianiste, enseigne à l’Université de Toronto et crée des arrangements pour des musiciens comme Sarah Slean, Suzie McNeil, Christos Hatzis, et l’Art of Time Ensemble.

Il a occupé des postes de compositeur en résidence auprès de l’Orchestre symphonique de Mississauga (2010–2012), du Centre des arts de Banff (2010) et de l’Orchestre symphonique de Niagara (2018–2019). Il a aussi œuvré comme compositeur affilié RBC de l’Orchestre symphonique de Toronto (2012–2015), en plus d’assurer la direction artistique du Sneak Peek Orchestra de 2007 à 2014 (conjointement avec le chef d’orchestre et cofondateur Victor Cheng).

Kevin Lau a remporté le prix Karen Kieser en musique canadienne pour Starsail (2010) et, en 2017, le prix Victor Martyn Lynn-Staunton, décerné par le Conseil des arts du Canada, pour ses réalisations exceptionnelles.

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Quand l’Orchestre du CNA, sous la baguette d’Alexander Shelley, a créé le ballet de 27 minutes Dark Angels, dans le cadre de son projet Rencontr3es, en avril 2017, l’œuvre a été qualifiée de « captivante » (Ottawa Citizen) et d’« extraordinairement aboutie » (Artsfile). Dès la sortie de l’enregistrement lancé par Analekta, le critique musical Paul Robinson a noté que la partition de Kevin Lau « pourrait connaître une seconde vie couronnée de succès comme pièce de concert » (Ludwig van Toronto). Prenant manifestement ce dernier au mot, le compositeur en a tiré une suite de quinze minutes, dont la création mondiale est présentée ce soir.

Commande de l’Orchestre du CNA, Dark Angels est la deuxième partition pour ballet de Kevin Lau (la première étant le ballet intégral Le Petit Prince, créé en 2016) et marque sa seconde collaboration avec Guillaume Côté, premier danseur et associé chorégraphique du Ballet national du Canada. L’œuvre a été créée à l’occasion des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, qui mettaient en valeur la longue tradition d’accueil du pays, grâce à laquelle des citoyens du monde entier intègrent un nouvel environnement. Côté note : « Nous voulions créer une œuvre qui évoquerait la résistance et les difficultés que l’on peut rencontrer lorsqu’on vit dans un milieu nouveau et qu’il faut s’habituer à des personnes et des endroits qui ne nous sont pas familiers. À mesure que les danseurs ont commencé à interagir avec la musique, ils ont pris l’allure de magnifiques personnages tentant de se faire une place dans ce monde nouveau. »

Lau abonde dans le même sens : « Notre désir d’explorer un terrain inusité, musicalement et gestuellement, a mené à la composition d’une partition dénuée de toute trame narrative et de tout sujet, très peu balisée en dehors de certains thèmes qui nous interpellaient tous deux : tension, lutte, résistance, énergie. Le titre, Dark Angels (« anges noirs »), est à mes yeux une métaphore de la nature humaine : notre capacité à aimer et nos pulsions destructrices, entourées d’un simple et fragile rempart. »

Il ajoute, pour décrire la structure de sa suite : « Un allegro tumultueux cède le pas à un vif interlude (où un solo de violoncelle élégiaque se métamorphose en une vision de cauchemar), pavant la voie à un finale ancré dans des gestes rituels et propulsé par une batterie de percussions explosives. Un marteau rythmique de six notes parcourt toute la partition comme un fil de fer. »

« Tendue, intense, vibrante par moments de fureur explosive », voilà comment Kevin Lau résume sa Suite Dark Angels. Bien qu’il ait conçu la partition sans programme, il a pris conscience, après coup, que son œuvre porte en quelque sorte la marque de la métamorphose de la prêtresse Méduse – femme meurtrie violée par le dieu de la mer Poséidon – en une créature hideuse à la chevelure de serpents qui pétrifie tout mortel osant la regarder en face.

– Traduit d’après Robert Markow

SALIERI

Concerto pour flûte et hautbois en do majeur

Legnago (près de Vérone), 18 août 1750
Vienne, 7 mai 1825

La plupart des amateurs de concerts ne savent qu’une chose de Salieri : il aurait empoisonné Mozart. Pouchkine semble avoir imaginé ce scénario pour sa pièce de théâtre Mozart et Salieri, dont Rimski-Korsakov tira ensuite un opéra. Dramaturges, romanciers et scénaristes perpétuèrent la légende, qui était encore largement tenue pour vraie au début du siècle dernier. Les historiens de la musique l’ont discréditée depuis. Néanmoins, comme quiconque ayant pris part aux différentes productions de la pièce Amadeus et au film qui en a été tiré le sait fort bien, cette fausseté a fait la fortune de certains. Il est regrettable que l’on se souvienne de Salieri pour un crime imaginaire, plutôt que pour sa véritable musique, puisque c’était un excellent compositeur  – peut-être pas un génie, mais les génies ne sont pas légion.

Né six ans avant Mozart dans un village de la province de Vérone, Salieri fut initié à la musique par des maîtres locaux, puis poursuivit sa formation à Venise. Il y fit la connaissance de l’un des plus éminents compositeurs du temps, Florian Gassmann, qui le prit sous son aile et l’emmena à Vienne. Salieri écrivit son premier opéra à 18 ans; il n’en avait que 20 lorsqu’il obtint son premier succès scénique. À 24 ans, il succéda à Gassmann comme compositeur attitré et directeur de l’opéra de la cour impériale. Avant même d’avoir 40 ans, Salieri était la personnalité musicale la plus influente de Vienne. Haydn, Beethoven, Liszt, Schubert, Hummel et Czerny, ainsi que Franz Xaver, fils de Mozart, furent quelques-uns de ses illustres élèves. Nous devons beaucoup à Salieri, ne fût-ce que pour avoir encouragé les premiers efforts de composition de Schubert adolescent au Stadtkonvikt. De même, nous lui devons d’avoir suscité la rencontre entre Mozart et son librettiste Lorenzo da Ponte, qui allaient créer ensemble Les Noces de Figaro, Don Giovanni et Così fan tutte. Il est vrai que Salieri eut des différends avec Mozart, mais il faut dire que ce dernier ne se distinguait pas précisément par son tact et avait un caractère assez primesautier. À sa mort, Salieri était un homme respecté, mais il tomba bientôt dans l’oubli, tout au moins à titre de compositeur.

Bien que Salieri se soit surtout fait connaître à l’opéra (il a écrit une quarantaine d’œuvres de ce genre, dont un Falstaff, qui a devancé d’un siècle celui de Verdi), il a aussi composé plusieurs œuvres purement instrumentales, un catalogue toutefois resté essentiellement en marge du répertoire. Le concerto que nous entendons ce soir a été écrit en 1774 (il n’a été publié qu’en 1962, près de deux siècles plus tard); Salieri n’avait alors que 24 ans, mais il avait déjà une dizaine d’opéras à son actif.

Les concertos pour flûte et hautbois sont rares, bien qu’il en existe d’autres écrits par Carl Stamitz, Domenico Cimarosa, Ignaz Moscheles, Franz Krommer et, plus près de nous, György Ligeti. Salieri varie constamment le rôle qu’il confie aux solistes – tantôt ce sont des voix distinctes, tantôt ils partagent une ligne musicale, s’imitant l’un l’autre ou s’engageant dans un dialogue animé. Le deuxième mouvement, marqué Cantabile, est empreint de grâce mélodique, tandis que le finale, un rondo comme il était d’usage dans les concertos de l’époque, est vif et dynamique, rehaussé par les étonnantes inventions rythmiques et les fioritures virtuoses confiées aux solistes.

– Traduit d’après Robert Markow

Bartók

Concerto pour orchestre

Nagyszentmiklós, Hongrie (aujourd’hui Sânnicolau Mare, Roumanie), 25 mars 1881
New York, 26 septembre 1945

Le Concerto pour orchestre de Bartók demeure, trois quarts de siècle après sa triomphale création (Boston, 1er décembre 1944), l’une de ses œuvres les plus célèbres, l’une des compositions les plus populaires de tout le XXe siècle et un fleuron du répertoire pour orchestre. Bartók l’a écrit en 1943, après avoir immigré à New York, à la demande du directeur de l’Orchestre symphonique de Boston, Serge Koussevitzky, lequel avait été convaincu de s’adresser à Bartók par deux compatriotes du compositeur hongrois, le chef d’orchestre Fritz Reiner et le violoniste Joseph Szigeti.

Bartók décrit cette œuvre comme une musique « ayant tendance à traiter les instruments de l’orchestre de façon concertante, c’est-à-dire comme des instruments solistes ». Dans ce concerto, presque chaque instrument est en vedette à un moment ou un autre, soit en soliste, soit en tant que membre d’un pupitre. L’œuvre est dotée de nombreux passages manifestement virtuoses, notamment la section fugato pour les cuivres, dans le premier mouvement, les passages perpetuum mobile pour les cordes, dans le finale, et la brillante écriture aiguë pour la trompette dans le même mouvement.

Le concerto consiste en un agencement symétrique en cinq parties, soit une lente élégie centrale, entourée de deux mouvements brefs plutôt légers, au tempo modéré, eux-mêmes encadrés de mouvements extérieurs plus longs, vigoureux, dynamiques et structurellement complexes (forme sonate).

L’œuvre débute doucement par une lente introduction qui énonce le motif principal, un thème développé abondant en intervalles de quarte. Marquée Allegro, la section principale démarre par un thème énergique et bondissant confié aux cordes, tout à fait représentatif du style de Bartók, avec ses inversions et ses nombreux intervalles de quarte. Le trombone solo présente bientôt un motif de fanfare (mettant encore l’accent sur les quartes), tandis que le hautbois fait entendre le deuxième thème principal.

Le deuxième mouvement, intitulé Giuoco delle coppie (Jeu de paires), est d’une conception tout à fait originale – il s’agit d’un enchaînement de mélodies d’inspiration folklorique jouées successivement par cinq paires d’instruments à vent, chacune jouant en parallèle, à un intervalle différent : les bassons commencent à un intervalle de sixte et sont suivis des hautbois à la tierce, des clarinettes à la septième, des flûtes à la quinte, des trompettes en sourdine à un intervalle de seconde. Un choral solennel de cuivres occupe la portion centrale du mouvement. L’enchaînement des paires d’instruments à vent revient ensuite sous une forme légèrement plus élaborée, les instruments conservant toujours leurs intervalles caractéristiques, sauf pour les flûtes, qui jouent cette fois à un intervalle de septième.

Nicolas Slonimsky décrit avec justesse le mouvement central lent comme « une effusion d’arabesques mélismatiques et d’imitations en canon ». Il s’agit en effet d’une musique regorgeant de volutes d’une grande délicatesse dans les passages d’ouverture et de clôture.

Le quatrième mouvement révèle lui aussi la prédilection de Bartók pour la symétrie. Il est essentiellement de forme ABACBA, le A représentant l’air guilleret joué par le hautbois, le B, le chant populaire et nostalgique « Beau pays de Hongrie » (altos), tandis que le C constitue l’interruption auquel le titre (Intermezzo interrotto) fait référence, un air emprunté à la Symphonie no 7 de Chostakovitch, auquel Bartók donne une allure vulgaire et bruyante.

Le finale exige des cordes une maîtrise technique maximale dans un passage perpetuum mobile, tandis que les cuivres prennent part à une fugue qui culmine dans une apothéose splendide.

– Traduit d’après Robert Markow

50 ans de l'Orchestre du CNA : Chefs d'orchestre et directeurs musicaux

Jean-Marie Beaudet (1908–1971)
Directeur musical, 1964–1970
Visionnaire original, Jean-Marie Beaudet a convaincu les fondateurs du CNA de créer un petit orchestre virtuose de la meilleure qualité possible. Ses connaissances et son expérience furent essentielles pour le chef fondateur Mario Bernardi. Bien qu’il ait dû démissionner pour des raisons de santé peu de temps après la mise sur pied de l’Orchestre, Jean-Marie Beaudet a bien davantage influencé l’ensemble que ne le laisse supposer le souvenir que nous en avons généralement aujourd’hui.

Mario Bernardi (1930–2013)
Chef d’orchestre fondateur, 1968–1971, directeur musical, 1971–1982
C’est à Mario Bernardi que l’on doit l’éclat et la précision de l’Orchestre du CNA. « À Ottawa, les hivers sont longs et les notes, courtes », disait-on pour plaisanter. Lors de la toute première répétition, juste avant de commencer, il s’était tourné vers un ami et lui avait affirmé avoir l’impression d’être dans le cockpit d’un nouvel avion de ligne et ne pas être sûr que l’appareil allait décoller. Mais il n’avait pas à s’inquiéter. Malgré sa réputation de maître exigeant bien méritée, c’était un musicien superbe, surtout pour les voix de soutien. On se souvient de sa conduite brillante et collégiale depuis son clavier dans le Concerto pour piano en sol majeur de Ravel au Carnegie Hall et Les Noces de Figaro de Mozart au Festival Ottawa. Avec Walter Prystawski à ses côtés, il a créé l’identité unique de l’Orchestre, une réalisation exceptionnelle.

Franz-Paul Decker (1923–2014)
Premier chef invité, 1991–1999
Profondément cultivé et légèrement excentrique, cet Européen de la vieille école a été formé à la Hochschule für Musik de Cologne, a fait ses débuts à l’opéra dans cette même ville en 1945 (!), connaissait Richard Strauss (qu’il a rencontré en 1948 pendant une partie de cartes) et avait donc un lien direct avec la grande tradition musicale européenne d’avant-guerre. Au cours de sa carrière, il a dirigé 85 opéras, des dizaines d’œuvres canadiennes présentées en première mondiale et, avec l’Orchestre du CNA, des interprétations inoubliables de Richard Strauss et de Piazzolla. Il compte parmi les rares chefs d’orchestre qui, dès la première répétition, réussissent à obtenir un son unique tant leur personnalité est fascinante.

Trevor Pinnock
Directeur artistique et chef d’orchestre principal, 1991–1996, conseiller artistique, 1996–1998
Spécialiste du baroque de renommée mondiale et artiste à succès chez Deutsche Grammophon, Trevor Pinnock a su se diversifier pendant son mandat à Ottawa, n’hésitant pas à repousser ses limites. Dans le répertoire classique, il a produit des interprétations d’une sincérité pénétrante et d’une splendeur naturelle, entre autres les enregistrements et les créations des œuvres de Linda Bouchard, sa compositrice en résidence. Encore aujourd’hui, on se souvient avec admiration et gratitude de son interprétation de la Passion selon saint Matthieu de Bach en 1997.

Franco Mannino (1924–2005)
Premier chef d’orchestre et conseiller artistique, 1982–1986
Ce charismatique et irrésistible « personaggio vivo e straordinario » est le maître suprême de l’opéra italien, La Cenerentola et Madama Butterfly étant des exemples mémorables. Les enregistrements de ces opéras en concert avec l’Orchestre du CNA sur les ondes de la CBC égalent ou surpassent toute production commerciale. Son CD de l’Orchestre du CNA mettant en vedette des ouvertures d’opéra italien a été le cadeau de Noël préféré de tous pendant des années. À son époque, l’Orchestre du CNA était littéralement l’orchestre italien le plus exaltant du monde.

Gabriel Chmura
Directeur musical, 1987–1990
Musicien sérieux, prodigieusement talentueux, lauréat du Concours Herbert von Karajan à Berlin en 1971 et médaillé d’or du Concours Cantelli à La Scala, Gabriel Chmura est respecté et aimé pour sa préparation méticuleuse et sa douceur. Pendant son court mandat avec l’Orchestre du CNA, il a réalisé un élégant enregistrement des premières symphonies de Haydn pour la CBC, une interprétation lumineuse en concert du seul opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande, et de multiples tournées nord-américaines qui l’ont notamment mené à Carnegie Hall.

Pinchas Zukerman
Directeur musical, 1999–2015
Pinchas Zukerman est tout simplement l’un des plus grands violonistes et altistes du XXe siècle. Il a donné à l’Orchestre du CNA une plus grande confiance et une perspective mondiale, le dirigeant dans des interprétations inoubliables, en particulier pendant la tournée européenne de 1990 avec une prestation inégalée du Concerto pour violon de Beethoven au Gewandhaus de Leipzig le jour suivant la réunification allemande et lors de la tournée du Moyen-Orient en 2000 pendant la seconde Intifada – grâce à un immense effort diplomatique pour que l’Orchestre puisse se produire en Palestine, mais qui, à la dernière minute, fut compromis par l’un des conflits mondiaux les plus complexes. Sa personnalité plus grande que nature a permis à l’Orchestre de vivre des expériences plus grandes que nature.

Alexander Shelley  
Directeur musical depuis 2015
Ce musicien aux multiples talents et aux champs d’intérêt encore plus vastes (il dirige des œuvres de Stravinsky et joue du jazz au piano pendant les pauses de répétition) représente le meilleur de la nouvelle génération de chefs d’orchestre : collégial, urbain, multilingue et fasciné par les nouvelles créations, les liens interculturels et la réconciliation. Au cours des dernières années, il a dirigé l’Orchestre avec brio lors de ses premières exécutions d’œuvres majeures de Richard Strauss. Il a inspiré et dirigé le projet Réflexions sur la vie, achevé en 2015 – une immense réalisation artistique et culturelle présentée dans des villes du Canada et d’Europe et acclamée par la critique.

John Storgårds
Premier chef invité depuis 2015
Il y a, entre l’Orchestre et ce Finlandais athlétique et chaleureux, une chimie unique qui donne lieu à des prestations d’une intensité primaire et d’une profondeur sonore naturelle. John Storgårds est tout aussi brillant avec Beethoven, Schumann, Sibelius, Vaughan Williams qu’avec des œuvres nouvelles. Il entretient la plus amicale des relations avec Alexander Shelley, directeur musical de l’Orchestre du CNA, qui le lui rend bien. Comme le disait un cadre supérieur, le rêve de tout orchestre est d’avoir un chef populaire auprès du public, populaire auprès des musiciens et populaire auprès de la direction, et nous en avons deux!

Alain Trudel    
Premier chef des concerts jeunesse et famille, 2012–2019
Grand enfant lui-même, excellent soliste sur un instrument « cool » – le trombone – et chef d’orchestre, Alain Trudel suscite à tout coup l’intérêt du jeune public grâce à son bilinguisme tout naturel et à son enthousiasme.

Mario Duschenes (1923-2009)     
Premier chef des concerts éducatifs (sans titre), 1973–1988
Éternel et dévoué pédagogue au parcours remarquable, né en Allemagne, Mario Duschenes a étudié la flûte traversière, la composition et la direction orchestrale en Suisse pendant la guerre. Il est l’auteur de la célèbre série de livres Méthode de flûte à bec portant son nom. Son approche douce et intelligente des concerts jeunesse lui a valu l’affection de plusieurs générations d’enfants et de leurs parents.

Boris Brott     
Premier chef des concerts éducatifs (sans titre), 1989–2004, premier chef des concerts jeunesse et famille, 2004–2012
Énergique et ambitieux, il a su apporter une touche singulière à un large éventail de programmes éducatifs.

Jack Everly   
Premier chef des concerts Pops depuis 2004
Très apprécié du public et des musiciens de l’Orchestre, Jack Everly est un incroyable « musicologue pop ». Il partage de manière fort divertissante son amour de la musique de films hollywoodiens et des grands spectacles de la belle époque de Broadway en recherchant et en recréant la musique originale de grands classiques tels que West Side Story, Un Américain à Paris, Le Magicien d’Oz et Casablanca. Certaines de leurs précieuses partitions originales ont été perdues ou littéralement enterrées dans des décharges par des cadres d’Hollywood qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient. Heureusement, Jack, lui, sait ce qu’il fait.

50 ans de l'Orchestre du CNA : Premiers violons

Walter Prystawski, 1969–2006
Ce leader musical hors du commun est, avec Mario Bernardi, l’artisan de la fameuse discipline de l’Orchestre, de son identité unique — une réalisation exceptionnelle — et de son esprit de corps, toujours bien tangible aujourd’hui.

Yosuke Kawasaki, Violon solo depuis 2007
Comptant parmi les meilleurs violons solos de la nouvelle génération, ce superbe violoniste incarne l’ultime niveau de préparation, un style de prestation énergique et engagé et une vaste connaissance de la pratique de l’interprétation au fil de l’histoire. Plus que tout autre musicien, il contribue au développement continu de l’Orchestre que tous reconnaissent.


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