Le Concerto pour piano no 2 de Chopin

Je vous souhaite la plus cordiale des bienvenues au concert de ce soir. Quoi de plus à-propos pour souligner la Saint-Valentin qu’un programme imprégné de poésie et de romance! Les airs des talentueux violons solos Yosuke Kawasaki et Jessica Linnebach s’entrelacent dans Cobalt de Jocelyn Morlock, représentation touchante d’un ciel obscurci par les ténèbres. De la noirceur émerge le lyrique, délicat et personnel Concerto pour piano no 2 de Chopin, composé au tendre âge de 20 ans alors qu’il était en plein cœur d’une idylle, dont l’expression passionnée caractérise le deuxième mouvement. Je suis particulièrement ravi que vous ayez l’occasion d’écouter cette œuvre interprétée par mon ami David Fray, qui se joint à l’Orchestre du CNA pour la toute première fois. Le romantique « Printemps » de Schumann vient clore la soirée. Cette symphonie, pleine de joie et de tendresse, est l’une de mes œuvres favorites!


Institut de musique orchestrale du CNA

Créé à l'instigation de l'ancien directeur musical de l'Orchestre du CNA, Pinchas Zukerman, l'Institut de musique orchestrale (IMO) en est maintenant à sa 12e saison. Au cours de semaines prédéter­minées des séries principales de la saison 2018–2019, les apprentis répètent et se produisent avec l’Orchestre du CNA. L’Institut est fièrement parrainé par le projet Artistes émergents RBC, et bénéficie d’un soutien additionnel de la Fiducie nationale pour la jeunesse et l’éducation du CNA.

La Fondation RBC est le fier souscripteur présentateur de l’Institut de musique orchestrale du CNA.

Concerto pour piano no 2 en fa mineur, opus 21
L’Orchestre du CNA a donné sa première prestation du Concerto pour piano no 2 de Chopin en 1969, avec Mario Bernardi au pupitre et Witold Malcuzynski comme soliste. Hans Graf a dirigé la plus récente interprétation de ce concerto en 2010, avec Garrick Ohlsson au piano.

Symphonie no 1 en si bémol majeur, opus 38, « Le printemps »
Mario Bernardi dirigeait l’Orchestre du CNA pour sa première interprétation de la symphonie « Le printemps » de Schumann en 1977, tandis qu’Alexander Shelley était au pupitre quand l’Orchestre l’a plus récemment jouée, en 2010.


Jocelyn Morlock

Cobalt

Jocelyn Morlock / www.jocelynmorlock.com
Née à Saint-Boniface (désormais intégré à Winnipeg), le 14 décembre 1969
Vit actuellement à Vancouver

Jocelyn Morlock est titulaire d’un baccalauréat en musique (Interprétation – piano) de l’Université Brandon, ainsi que d’une maîtrise et d’un doctorat en arts musicaux de l’Université de la Colombie-Britannique. Elle a eu pour maîtres Pat Carrabré, Stephen Chatman, Keith Hamel et le regretté compositeur russo-canadien Nicolai Korndorf.

Ses « harmonies chatoyantes » (Georgia Straight) et son approche « adroitement personnelle » (Vancouver Sun) ont valu à Jocelyn Morlock de nombreux prix, au pays comme à l’étranger : classement parmi les 10 finalistes à la Tribune internationale des compositeurs en 2002; prix de l’Emerging Composers Competition du CMC – Région des Prairies en 2003; nomination dans la catégorie Meilleure composition classique aux Western Canadian Music Awards en 2006; nomination aux Prix JUNO pour la Composition classique de l’année (pour Exaudi, 2011); et récemment, le Mayor’s Arts Award dans la catégorie Musique, à Vancouver (2016). En 2005, le Concours musical international de Montréal l’a choisie pour composer la pièce de concours imposée à tous les candidats. C’est ainsi qu’elle a écrit Amore, un tour de force vocal qui, depuis, a été exécuté plus de soixante-dix fois et souvent radiodiffusé. En 2008, elle a joué le même rôle au Concours national de musique Eckhardt-Gramatté. Mme Morlock est par ailleurs la compositrice en résidence de l’Orchestre symphonique de Vancouver depuis 2014, après avoir été compositrice en résidence de la série de concerts Music on Main (2012–2014), à Vancouver.

La plupart des compositions de Jocelyn Morlock sont destinées à de petits ensembles, plusieurs d’entre elles pour des combinaisons inhabituelles, telles piano et percussions (Quoi?), violoncelle et vibraphone (Shade), ou basson et harpe (Nightsong). Velcro Lizards a été composée pour un ensemble formé d’une clarinette ou d’une clarinette basse, d’une trompette, d’un violon et d’une contrebasse. Troisième œuvre de Morlock pour orchestre complet, Cobalt est une commande conjointe de l’Orchestre du CNA et de la CBC. La première mondiale a eu lieu à Ottawa le 30 avril 2009 dans le cadre du festival Scène C.-B., avec Alain Trudel au pupitre, ainsi que les violons solos Jonathan Crowe et Karl Stobbe. L’Orchestre a aussi créé en mai 2016 My Name is Amanda Todd, l’une des quatre œuvres commandées par le CNA pour le projet multimédia Réflexions sur la vie; cette œuvre a remporté le prix JUNO de la Composition classique de l'année en 2018. Earthfall a été interprété en première par l’Orchestre symphonique de Vancouver en 2016.

Le premier album de Mme Morlock, intitulé Cobalt, est paru en 2014 sous étiquette Centrediscs et comprend sept compositions. Il a obtenu trois nominations pour les Western Canadian Music Awards, dont celui de l’Album classique de l’année et celui de la Meilleure composition classique (qu’il a remporté).

La compositrice décrit ainsi l’œuvre éponyme d’une durée de sept minutes : « Le mot cobalt désigne à la fois une couleur, un minerai et un lutin et il suscite tout un kaléidoscope d’associations. En raison des dangers qu’il présente, le minerai a été baptisé du nom du Kobold, un lutin malicieux et parfois méchant du folklore germanique. Le cobalt est effectivement un métal magnétique et radioactif, qui peut être toxique en grandes quantités. C’est pourtant un élément qu’on trouve dans le corps humain et dans celui des animaux; en verrerie et en poterie, on peut créer un bleu vif grâce aux sels de cobalt, qui peuvent toutefois être mortels si on les touche à mains nues ou si on les inhale. Le cobalt lumineux du ciel, avant qu’il ne s’assombrisse pour la nuit, est l’une des plus belles couleurs que l’on puisse trouver dans la nature, et pourtant, il n’est visible que pendant quelques minutes chaque soir. Ce qui nourrit la vie peut aussi la détruire. La beauté est toujours éphémère, fugace. » 

« La musique que j’ai composée prend son inspiration dans la myriade de possibilités émotionnelles contrastantes qui sont toutes associées, d’une façon ou d’une autre, au cobalt. La peur, l’exubérance, la tranquillité, la beauté et l’impression mélancolique du temps qui passe sont autant d’aspects présents dans cette composition. Sur le plan musical, il s’agit en quelque sorte d’une série de variations; mais au lieu de faire des variations sur un même thème, j’ai choisi d’essentiellement varier les mélodies tonales centrées sur la seconde mineure. Comme le cobalt, la seconde mineure est ambiguë, étant donné qu’elle peut paraître inquiétante et menaçante (pensez à la musique des Dents de la mer), ou annonciatrice d’un événement, ou très déterminée (comme dans une cadence). Le motif de la fanfare revient aussi relativement fréquemment, puisque celui-ci peut aussi avoir des connotations à la fois angoissantes et excitantes, selon le contexte. »

Traduit d’après Robert Markow

Chopin

Concerto pour piano no 2 en fa mineur, opus 21

Zelazowa Wola, Pologne, le 1er mars 1810
Paris, le 17 octobre 1849

En juillet 1829, le jeune Chopin, alors âgé de 19 ans, passa trois semaines à Vienne. Encouragé par l’éditeur Haslinger, il donna un récital qui fut si bien accueilli qu’il fallut rapidement en organiser un deuxième, lequel connut un égal succès. De retour en Pologne, Chopin réalisa que s’il voulait faire carrière comme pianiste de concert (il changea bientôt d’avis), il lui fallait ajouter à son répertoire quelques importantes pièces de démonstration de sa propre composition. C’est ce qui l’incita à composer le Concerto pour piano en fa mineur, qui remporta un vif succès à sa création à Varsovie, le 17 mars 1830. En fait, le Concerto pour piano en fa mineur de Chopin, auquel on attribue le no 2, est son premier concerto, composé environ un an avant le Concerto en mi mineur. Les numéros des deux concertos ont été inversés, étant donné que le Concerto en mi mineur a été publié le premier, puisque les parties orchestrales du Concerto en fa mineur avaient étaient perdues et qu’il avait fallu les recopier.

Les concertos de Chopin doivent leur attrait à l’écriture pour piano : de douces mélodies lyriques, de caractère intime, avec des nuances expressives de couleurs et de dynamique, ayant un caractère improvisé, en raison de l’utilisation de techniques, telles le rubato, les arpèges et l’ornementation délicate des lignes mélodiques.

Les deux thèmes principaux du premier mouvement sont énoncés dans l’exposition orchestrale. Il s’agit d’une idée fortement rythmique de caractère quasi militaire (rythme que l’on retrouve dans de nombreux opéras italiens de l’époque) et d’un sujet plus lyrique de type bel canto énoncé par le chœur des bois dans une première de plusieurs heureuses utilisations de la couleur des bois dans ce concerto.

Le Larghetto est un nocturne d’une beauté divine et d’une poésie profonde. L’épisode central de ce mouvement de forme ternaire (ABA) perturbe momentanément les eaux calmes, mais l’atmosphère de douce rêverie est rétablie bien avant la fin du mouvement.

Le finale est un rondo imprégné de l’esprit et du rythme de la mazurka, danse paysanne polonaise de rythme ternaire caractérisée par un accent sur le troisième battement.

Traduit d’après Robert Markow

Schumann

Symphonie no 1 en si bémol majeur, opus 38, « Le Printemps »

Zwickau, 8 juin 1810
Endenich, 29 juillet 1856

Après s’être consacré presque exclusivement au piano pendant une décennie (de 1829 à 1839), puis au lied pendant une année (1840), Schumann se tourna résolument vers la musique orchestrale en 1841 (bien qu’il avait déjà fait une tentative avortée avec une symphonie en sol mineur en 1832). En l’espace de quatre jours seulement, du 23 au 26 janvier, il esquissa toute la symphonie et acheva l’orchestration un mois plus tard. Elle fut créée le 31 mars avec Mendelssohn au pupitre de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig.

On peut se demander pourquoi cette symphonie a comme sous-titre « Le printemps », alors qu’elle fut composée en plein cœur de l’hiver. Cela s’explique probablement par le fait que Schumann ne faisait pas référence à la saison, mais plutôt à une sensation personnelle d’épanouissement – une période d’ardeur romantique, de bonne humeur et d’exubérance créative. Il venait tout juste d’épouser Clara Wieck quatre mois et demi avant de s’atteler à la composition de la symphonie. Une autre source d’inspiration, plus tangible celle-là, lui vint d’un poème d’Adolf Böttger. Le dernier vers de ce poème se lit comme suit : « Im Tale blüht der Frühling auf! » (« Dans la vallée fleurit le printemps! »), dont les mots correspondent à la fanfare d’ouverture de la symphonie.  

Sur la page de titre des esquisses originales au crayon (qui comptent désormais parmi les extraordinaires archives musicales de la Bibliothèque du Congrès de Washington DC), Schumann avait donné à chaque mouvement un sous-titre qui en révèle le contenu émotif : 

1)  Le début du printemps;
2)  La soirée;
3)  Joyeux compagnons;
4)  Le printemps à son apogée. 

Cependant, lorsque l’œuvre fut imprimée, Schumann supprima les sous-titres, sans doute parce qu’il ne voulait pas que les auditeurs abordent sa musique avec des indications programmatiques.  

Dans une lettre au compositeur Louis Spohr, Schumann explique qu’il avait composé la symphonie « dans l’humeur printanière qui se saisit de nous chaque année, probablement jusqu’à un âge avancé ». Il ajoute : « Mon intention n’était pas de décrire ou de dépeindre quoi que ce soit, mais je pense que le moment où j’ai écrit cette symphonie a certainement eu une influence sur le caractère de l’œuvre. » Et plus tard, le compositeur demandait, dans une lettre au chef d’orchestre Wilhelm Taubert : « Pouvez-vous faire en sorte que l’orchestre exprime dans son interprétation le désir de voir arriver le printemps? C’est ce que je ressentais le plus lorsque j’ai composé cette œuvre. » 

Le premier mouvement est introduit par la fanfare dont nous avons parlé plus haut. Schumann demandait qu’elle soit interprétée « comme venant d’en haut, comme un appel au réveil ». C’est également le thème principal de la section Allegro du mouvement et son motif énergique et rythmique y est bien présent. Le deuxième thème de caractère lyrique est énoncé par les bois.

Le mouvement Larghetto a la texture d’une tendre cantilène. Les violons énoncent un thème ample et gracieux, dont on pourrait dire qu’il est d’une « longueur divine », pour reprendre le compliment que Schumann avait adressé à la « Grande » Symphonie en do majeur de Schubert. Lorsque le thème est repris, vers la fin du mouvement, il est réorchestré pour cor et hautbois solos, mélange particulièrement heureux de couleurs tonales que Brahms exploitera lui-même dans un passage analogue, vers la fin du mouvement lent de sa première symphonie. 

Le scherzo comprend deux trios contrastant entre eux ainsi qu’avec le scherzo voisin. Le premier de ces trios est d’une longueur inhabituelle – 182 mesures par rapport au scherzo, qui ne contient que 96 mesures, y compris les répétitions.

Pratiquement sans pause après le scherzo, le finale débute par une autre fanfare, dont le motif est repris sous diverses formes mélodiques et rythmiques tout au long du mouvement. Un premier thème alerte confié aux violons et un vigoureux deuxième thème pour les bois et les cordes dans le mode mineur constituent les principaux éléments musicaux de base du mouvement. Un épisode bref, mais très imaginatif, créé par les deux cors solos, évoque un rêve sylvestre. Il est suivi par une brève cadence à la flûte qui mène à la récapitulation. La symphonie s’achève dans un abandon joyeux et sur une impression optimiste du monde.

Traduit d’après Robert Markow


Menu