Que signifie CD 318?

Glenn Gould

Dans un blogue affiché plus tôt ce mois-ci, nous vous faisions part de l’exaltation que suscite au CNA un nouvel ajout à son fonds d’archives, soit le célèbre piano Steinway CD 318 de Glenn Gould. Voilà que le CNA s’affaire à apporter les « touches » finales à une exposition permanente qui mettra en valeur cette acquisition. C’est à la Mezzanine du CNA que résideront bientôt l’instrument et l’installation qui l’accompagne.

Quand j’ai commencé à travailler à ce projet, j’étais plutôt intriguée par le nom donné au piano. Que pouvait bien signifier le code « CD 318 »? À quoi tiennent les désignations que donne la maison Steinway à ses pianos?

Décortiquons chaque composante du titre, en commençant par les lettres. La lettre « C » indique qu’il s’agit d’un instrument exceptionnel, parmi les meilleurs issus de l’atelier de Steinway à Astoria, dans le quartier Queens de New York. Les pianos de la catégorie « C », qu’on retrouvait dans différentes villes d’Amérique du Nord, étaient réservés à l’usage des « artistes Steinway ». La lettre « D » indique qu’il s’agit d’un piano à queue de concert, le plus gros spécimen de la marque Steinway. Le chiffre 318 ne correspond pas, contrairement à ce que j’aurais cru, à un numéro de série; il s’agit tout simplement d’un numéro aléatoire attribué à l’instrument à l’atelier de Steinway. En fait, le piano porte le numéro de série 317194.

En juin 1960, Glenn Gould fait la rencontre du « vieux 318 » à l’Auditorium Eaton à Toronto, et c’est là que naît sa « romance à trois pattes », expression qu’il utilise lui-même pour désigner la relation qu’il entretient avec l’instrument.   Saviez-vous que le pianiste voyageait avec son piano? Partout où il se produisait, son fidèle compagnon le suivait : déchargé d’un camion, transporté sur la scène, accordé chaque fois, puis chargé à nouveau dans un camion pour le retour. Si tout ce tralala peut paraître futile à bon nombre d’entre nous, il en dit long, en revanche, sur l’importance que Gould accordait au CD 318, et sur les qualités sonores qu’il lui prêtait.

Peut-être avez-vous remarqué, en manchette du Citizen d’Ottawa le 7 juin, un article expliquant que la sonde Voyager 1 (lancée par la NASA en 1977) est en train de sortir des limites du système solaire. Vous me direz : « Quel est le lien avec le CD 318? » Eh bien, sachez que la sonde porte à son bord – entre autres trésors audibles comme des enregistrements de chants d’enfants, de bruits de tonnerre et d’un baiser humain – un disque d’or faisant entendre de la musique de J.-S. Bach enregistrée par Glenn Gould en 1960 à l’Auditorium Eaton sur le fameux CD 318.

D’un magasin Eaton de Toronto aux plus prestigieuses salles de concert du monde, et maintenant au-delà des limites du système solaire, l’histoire du Steinway CD 318 est tout aussi fascinante que l’artiste qui en jouait de façon si merveilleuse. Venez admirer par vous-même cet instrument qui compte parmi les plus précieux artéfacts culturels du Canada. L’exposition est accessible au public à compter du 22 juin. 


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