Faire la paire

Gerda et Kay.
Téqui et Téoù.
Brévalaire et Lénaïque.
Brice et Katia.
Un démiurge entouré de ses créatures colorées.
Des adolescents frayant avec nulle autre qu’Antigone.
Et ainsi de suite…

Cette saison, sur la scène du Théâtre français, l’autre n’est jamais loin. On s’y colle, on s’y frotte et parfois on s’y pique. On tente une approche, on se colletaille joyeusement, puis on esquisse un pas de deux.

Chaque spectacle à l’affiche se distingue. Il porte son univers, sa galerie de personnages, ses nuances. Aucune des histoires qu’on y raconte ne se ressemble vraiment. Et pourtant, par le plus beau des hasards, grâce à un tissage mystérieux qui ne peut s’expliquer, la rencontre, l’amitié et la solidarité se profilent telle une récurrence sensible et lumineuse, logée au cœur de chacune des propositions.

On pourrait craindre la mièvrerie ou, pire, une forme de bien-pensance, cachée au creux de ces thématiques abondamment visitées, et en particulier quand elles visent les jeunes. Tenter la cohabitation, être curieux des différences d’autrui, chercher à se compléter, ce sont là pourtant les conditions essentielles du vivre-ensemble ; horizon à conquérir en permanence, avec ce que cette recherche d’harmonie suppose d’adaptation, de confrontations et d’inévitables frictions. De joie intense aussi, bien sûr.

Nous vivons dans une ère où les liens s’effritent. Ils sont en péril, insidieusement rongés par la méfiance, la peur, mais aussi la quête d’un bonheur individuel sapant toujours un peu plus le sens de la collectivité. Le mouvement vers l’autre, qui implique du même coup d’aller au-devant de ce qui semble différent, inconnu ou lointain à première vue, demande plus que jamais aujourd’hui d’être exposé, mis au jour, en scène, en acte.

Alors que le théâtre a le pouvoir d’ouvrir l’imaginaire, d’engendrer des formes et de produire du récit, il demeure également un lieu incomparable pour redessiner le monde, pour redéfinir le rapport qu’on entretient avec ce dernier et la communauté d’humains qui l’habitent. Et les artistes rassemblés ici, à travers une succession de duos éclatants, de rencontres atypiques et de tandems incontournables, ébauchent des canevas ou tout au moins créent des points d’impulsion pour réfléchir et façonner nos vies et leurs alentours.

Eh bien, si on allait au théâtre pour inspirer la relation qui nous soude à l’autre et au monde ?


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