Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour d'octobre 2020.
Réflexions sur la vie

I Lost My Talk

Rita Joe

© Milan Podsedly

John Estacio

Compositeur

I Lost My Talk est basé sur le texte du même nom de l’aînée et poète mi'kmaq Rita Joe, C.M. Dans son poème, l’auteure exprime non seulement le chagrin et la souffrance de son expérience au pensionnat Shubenacadie, en Nouvelle-Écosse, mais aussi son espoir et sa conviction de pouvoir inspirer, par ses mots, les peuples autochtones et non-autochtones de tout le Canada en les accompagnant vers un lieu de ressourcement et de guérison. John Estacio, compositeur lauréat du CNA, a créé une riche trame musicale, jouée en synchronie avec les images de la célèbre cinéaste Barbara Willis Sweete.

Le film, tourné en haute définition sur les rives de la baie Georgienne, en Ontario, regroupe dix danseurs des Premières Nations qui exécutent une chorégraphie de Santee Smith, directrice artistique du Kaha:wi Dance Theatre. Le poème de Rita Joe est narré par Monique Mojica, actrice d’ascendance Kuna et Rappahannock. Les concepteurs du studio Normal donnent vie au film sur les écrans qui plongent l'auditoire dans une expérience immersive. (Cette œuvre a été créée le 14 janvier 2016.) Durée : 20 minutes

œuvre commandée pour l’Orchestre du Centre national des Arts par la famille du très honorable Joe Clark, C.P., C.C., A.O.E., en l’honneur de son 75e anniversaire.

« Elle disait qu’écrire était sa thérapie. Elle portait de nombreux souvenirs douloureux et avait besoin de les extérioriser. Elle était devenue écrivaine parce qu’on lui avait interdit d’écrire. Plus on cherchait à la briser, plus elle n’en faisait qu’à sa tête. »Ann Joe, fille de l’aînée et poète mi'kmaq Rita Joe, C.M.

I Lost My Talk par Rita Joe

J’ai perdu ma langue,
La parole que vous m’avez retirée
Lorsque j’étais petite fille
à l’école Shubenacadie.

Vous me l’avez arrachée :
Je parle comme vous
Je pense comme vous
Je crée comme vous
La confuse ballade de la parole qui est la mienne.

Je parle de deux manières
Et des deux manières, je dis
Que votre manière est la plus forte.

Alors, je tends la main tout doucement :
Laissez-moi retrouver ma langue
Pour que je puisse vous apprendre
qui je suis.

(Traducteur : Pascale Cormier)

Réflexions d’Alexander Shelley sur la création de I Lost My Talk

Nous passons d’une certaine façon notre vie dans la poursuite de qui nous sommes. Pour la plupart d’entre nous, cette quête s’effectue tout doucement et se vit comme une aventure que chacun mène à sa façon, à son rythme. Pour d’autres, cette quête de soi trouve sur son chemin des embûches brutales, abruptes, voire violentes. Tous les jours, on voit les difficultés qui se dressent dans le monde entier – des populations déchirées, déplacées, nostalgiques, devant leur culture menacée – d’un foyer qui n’existe plus.

Le programme à forte charge évocatrice de ce soir explore les thèmes de l’exil, de la résistance et du déplacement, et célèbre ultimement le triomphe de l’esprit humain sur l’adversité.

La grande poète et aînée mi’kmaq Rita Joe, C.M. – comme les autres compositeurs au programme – a été insidieusement attaquée dans son identité, un malheur auquel elle a fait face avec dignité, sagesse, intégrité et énormément de compassion. Son puissant message d’espoir appelant à une réconciliation pacifique a servi d’inspiration à cette expérience symphonique unique en son genre, qui combine musique, mouvement et cinéma.

Je me suis tout de suite attaché à “I Lost My Talk”, que j’ai souhaité inscrire dans notre univers créatif et dont j’ai voulu porter le message à la fois beau et digne à nos auditoires, au Canada et à l’étranger. Dans son œuvre, Rita Joe transcende aussi de manière forte et poignante ses racines canadiennes à une époque où de plus en plus de gens de différents horizons doivent apprendre à s’écouter et à se comprendre.

Donna Feore décrit son expérience comme productrice et metteure en scène de I Lost My Talk

Le poème I Lost My Talk de Rita Joe est le matériau de base de toutes les collaborations artistiques qui ont donné naissance à ce spectacle. J’ai voulu créer un tout à partir de la réponse distincte que chacun des artistes réunis a apportée aux paroles de Rita Joe — à son langage. Aussi disparates soient leurs disciplines respectives, le but poursuivi était de trouver des façons de communiquer, d’inspirer. La musique est un langage… la danse aussi… et le cinéma. Trois langages universels. Ce n’est pas le cas du langage de Rita qui, lui, est profondément personnel et douloureux. Et pourtant, l’histoire de Rita doit être racontée, encore et encore, car elle nous touche tous, universellement. Rita Joe est notre aînée. J’espère que vous trouverez dans ce concert la preuve du sérieux avec lequel nous avons commencé à prêter l’oreille.

John Estacio explique comment il a composé I Lost My Talk

Dans I Lost My Talk, poème de quinze vers, Rita Joe décrit la crainte bouleversante d’être dépouillée de sa culture. À l’image de ce poème de quatre paragraphes, la composition musicale est divisée en quatre mouvements sans pause.

Un solo de flûte bucolique évoque la vie que menait la narratrice avant d’être envoyée au pensionnat de Shubenacadie. Les cordes jouent un hymne qui prend soudain l’allure d’un environnement musical hostile; la mélodie jouée par la flûte est maintenant brisée et perdue dans un paysage sonore d’une tonalité étrangère.

Pendant tout le deuxième mouvement, tandis que les thèmes musicaux se reforment, la percussion et les cuivres dans leur registre grave interrompent fréquemment la mélodie, la forçant à se reconstituer et à poursuivre dans une atmosphère de plus en plus oppressante.

C’est avec les mots « Vous me l’avez arrachée » que débute un troisième mouvement agressif; la flûte solo est de retour, emportée dans un élan frénétique. Un solo de percussion accueille le retour de l’hymne, qui revêt cette fois un caractère tendu et inquiet. Pour accompagner le vers « Je parle de deux manières », l’hymne est joué simultanément dans deux tonalités différentes.

Le quatrième mouvement, une musique au ton noble, débute sur les mots « Alors, je tends la main »; ici, un hymne de réconciliation s’élève, tandis que la narratrice trouve le courage de se faire la messagère de la paix et de la compréhension entre deux cultures différentes, apportant du même coup l’apaisement dans sa propre vie.


I Lost My Talk - Générique

Interprètes

Kennedy Bomberry

Jesse Dell

Josh DePerry

Ascension Harjo

William Merasty

Monique Mojica

Nimkii Osawamick

Santee Smith

Montana Summers

Alex Twin

Remerciements particuliers : Monica Côté, A.J. Demers, Milton Howe, Eugene Watts, Donna Zuchlinski, OMDC, Parc provincial Killbear

Une production de Willis Sweete Productions pour le Centre national des Arts, 2016 

Normal, Design visuel et scénique

Samuel Greffe, Producteur pour Normal

Frédéric Cordier, Directeur du multimédia

Michel Greco, Monteur et coloriste

Milan Podsedly, Directeur de la photographie

Susanne Ritzau, Régisseuse générale

Trinni Franke, Productrice associée

Ryan Port, Premier assistant réalisateur

Paul Roberts, Deuxième assistant réalisateur

Ariana Shaw, Troisième assistante réalisatrice

Ann Baggley, Assistante de Donna Feore

Chrisann Hessing, Coordonnatrice de la production

Forbes Campbell, Superviseur du scénario

Teresa Przybylski, Conceptrice des costumes

Michelle Tracey, Assistante costumière

Alex Mancini, Assistante costumière

Michelle Rivers, Assistante costumière

Andrea Heldman, Chef, Coiffures et maquillages

Heather Snowie, Coiffures et maquillages

Sasha Moric, Cadreur

Lori Longstaff, Tony Lippa, 1ers assistants-cadreurs

Aaron Mallin, Bart Bialasik, 2es assistants-cadreurs

Chris Bacik, Opérateur de drone

Silvio Bulgaret, Opérateur de drone

James Thurston, Chef-électricien

Paul Gettlich, Électricien

Tom O’Reilly, Chef machiniste

Allan Schwartzenberger, Superviseur technique-Gestion de données

Laury Dubé, Assistant-monteur

Chris Daellenbach, Peter Oundjian, Adjoints à la production

Doug Pawis, Sharon Nanibush, Figurants

Nathan Pamajewon, Debra Stanger, Mary J. Acosta

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