Become Ocean

Festival SPHÈRE - L'OCNA en direct

2022-09-24 20:00 2022-09-24 22:00 60 Canada/Eastern 🎟 CNA : Become Ocean

https://nac-cna.ca/fr/event/30522

Événement en personne

Avec une musique consacrée au tournant écologique décisif qui attend notre planète, dont deux œuvres des compositrices avant-gardistes Anna Clyne et Outi Tarkiainen, nous rendons hommage à notre Mère Nature. La compositrice britannique Anna Clyne a écrit Restless Oceans pour Marin Alsop et l’Orchestre Taki Concordia, une formation entièrement féminine, en vue du Forum économique mondial tenu...

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Salle Southam ,1 rue Elgin,Ottawa,Canada
samedi 24 septembre 2022
20 h HAE

Programme

Dernière mise à jour: 21 septembre 2022

OUTI TARKIAINEN Songs of the Ice
ANNA CLYNE Restless Oceans
JOHN LUTHER ADAMS Become Ocean

Notes de programme

Le concert de ce soir, le deuxième présenté par l’OCNA dans le cadre du festival SPHÈRE, propose une musique qui s’inspire d’un des éléments fondamentaux de la nature et qui en évoque les multiples facettes : l’eau. À travers leurs passionnantes compositions, Outi Tarkiainen, Anna Clyne et John Luther Adams cherchent à attirer notre attention sur des préoccupations environnementales, sociales et culturelles qui leur tiennent à cœur, comme le changement climatique et la discrimination raciale et de genre. Ainsi que le déclare John Luther Adams, « si ma musique peut inciter les gens à écouter plus attentivement ce monde miraculeux que nous habitons, j’aurai fait ma part, comme compositeur, pour nous aider à passer à travers cette période critique de notre propre création. »

Répertoire

OUTI TARKIAINEN

Songs of the Ice

La compositrice finlandaise Outi Tarkiainen affirme qu’elle « considère la musique comme une force de la nature, qui peut submerger une personne, la repaître, et même changer entièrement son destin. » Puissante et viscérale, sa musique est profondément liée à ses expériences de vie dans le nord de la Finlande, souvent teintées de questions de sensibilisation à l’environnement, en particulier au changement climatique et à ses conséquences. Récemment, elle a écrit des œuvres pour grand orchestre qui relient ces thèmes à celui de la maternité, inspirées par sa propre expérience. On peut citer, notamment, ses Midnight Sun Variations (interprétées par l’Orchestre du CNA plus tôt cette année, en mai) et l’œuvre qui ouvre le concert de ce soir, Songs of the Ice (« Chants de la glace »). Elle considère ces œuvres comme des pièces complémentaires, bien qu’elles puissent être jouées séparément.  

Outi Tarkiainen a composé Songs of the Ice en 2019, une commande pour l’Orchestre symphonique de la radio finlandaise et l’Orchestre symphonique d’Islande. Elle explique comme suit les thèmes sous-jacents de l’œuvre :

Songs of the Ice est une œuvre pour orchestre qui traite de la glace. Dans la région arctique, la glace respire au gré des saisons, se dilatant en hiver et rétrécissant en été. Son mouvement immémorial possède un chant qui lui est propre : surgissant peu à peu, implacable, jusqu’à tout recouvrir. Elle tinte et gronde, grince et geint tandis que notre climat toujours plus chaud rompt les lois ancestrales de la nature, forçant la glace à se retirer.

Quand j’ai composé cette pièce, j’attendais notre deuxième enfant, qui devait naître au cœur de l’hiver, lorsque le froid glacial renforce la glace, la rendant à nouveau puissante et solide, et mon corps s’est souvenu des semaines et des mois ayant suivi la naissance de notre premier enfant. Songs of the Ice évoque également le vide ressenti et le processus par lequel se referme le corps d’une femme lorsqu’elle se sépare de la vie qui est en elle en donnant naissance. La pièce est dédiée au glacier Okjökull, première victime du changement climatique en Islande, déclaré mort en 2014.

L’œuvre s’amorce avec le grondement de la glace : l’orchestre attaque avec des vagues toujours plus fortes qui finissent par se briser et se fragmenter en cristaux clairs. Dans l’espace vide se répercutent les solos gémissants des vents, l’âme de la glace – la complainte d’un grand homme que son angoisse comprime peu à peu jusqu’à se muer en cris d’alarme des piccolos. Les cordes apportent enfin le réconfort : sur le paysage, leur chaleur étend une épaisse couverture qui s’étend irrésistiblement jusqu’à produire un nouveau cycle où tout recommence, mais jamais comme avant.

Dans le deuxième cycle, ce matériau musical revient, revêtant un caractère plus intense et urgent, et le passage réconfortant atteint un point culminant aux accents plus cataclysmiques que le précédent. Après de délicates figures descendantes, un paysage sonore étincelant et scintillant, évoquant des cristaux de glace, vient clore la pièce.

Anna Clyne

Restless Oceans

Anna Clyne est une compositrice britannique très demandée. Elle œuvre abondamment avec des orchestres, des chorégraphes, des cinéastes et des artistes visuel·les, collaborant fréquemment à des projets créatifs dans l’industrie musicale. Elle a une grande fascination pour les arts visuels, qui inspirent souvent sa musique. La poésie est également une source d’inspiration importante, en particulier les vers qui évoquent des images et des émotions fortes. Pour elle, l’orchestre est « l’ultime palette de couleurs » qu’elle utilise pour « traduire » ses idées. Comme elle l’a mentionné dans le cadre d’un entretien en 2021, « je pense que l’orchestration est comme la peinture : vous combinez différents instruments pour créer vos propres couleurs orchestrales ».

Elle a composé Restless Oceans (« Océans agités ») en 2018 pour le chef d’orchestre Marin Alsop et le Taki Concordia Orchestra, en vue d’un concert présenté lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos. L’œuvre a été créée le 22 janvier 2019, dans le cadre de la cérémonie d’ouverture, alors que le maestro Alsop a reçu le prestigieux prix Crystal du Forum en reconnaissance de ses efforts de promotion de la diversité dans la musique. Anna Clyne décrit la pièce en ces termes :

Cette œuvre tire son inspiration et son titre du poème « A Woman Speaks » d’Audre Lorde [l’Américaine qui se décrit elle-même comme « noire, lesbienne, mère, guerrière, poète » – et activiste] et a été composée avec, en tête, cet orchestre particulier formé uniquement de femmes. En plus de jouer de leurs instruments, les interprètes doivent également utiliser leurs voix dans des chants et des vocalises fortes, et leurs pieds pour trépigner et se lever ensemble d’un seul élan à la fin. Mon intention était d’écrire une pièce provocatrice qui embrasse le pouvoir des femmes. Restless Oceans est dédié, avec gratitude, à Marin Alsop.

Anna Clyne inclut le poème intégral dans la partition publiée; bien qu’elle n’ait pas spécialement structuré sa musique d’après le poème, elle tient peut-être à ce que le public le lise, afin de fournir un point d’ancrage psychologique à l’expérience auditive de la pièce.

« Parole de femme » – par Audre Lorde (1984; publié en 1997)

Marquée par la lune et touchée par le soleil
ma magie est non-écrite
mais quand la mer se retirera
elle laissera ma silhouette derrière elle.
Je ne cherche aucune faveur
épargnée par le sang
implacable comme la malédiction de l’amour
constante comme mes erreurs
ou ma fierté
je ne mêle pas
l’amour à la pitié
ni la haine au mépris
et si tu veux me connaître
regarde dans les entrailles d’Uranus
où battent les océans agités.

Je n’habite
ni ma naissance ni mes divinités
moi qui suis sans âge et inachevée
et cherche encore
mes sœurs
sorcières au Dahomey
me portent dans leurs tissus enroulés
comme le faisait notre mère
en deuil.

Je suis femme
depuis longtemps
méfie-toi de mon sourire
je suis traîtresse avec la vieille magie
et la nouvelle fureur de midi
et vos grandioses promesses
d’avenir
je suis
femme
et non blanche.

(Traduit de l’anglais par Pascale Cormier)

Restless Oceans s’ouvre « avec feu et dynamisme » sur des attaques énergiques dans le registre le plus grave des cordes aiguës, et des vocalises fortes sur la syllabe « Huh ». Suit un épisode tendre mais toujours en mouvement, avec des arpèges superposés en forme de vagues exécutés par les instruments à vent, sur lesquels les premiers violons, les seconds violons et les altos entrent tour à tour en interprétant une mélodie expressive. Ces lignes simples se transforment en un chœur, qui ramène le matériau musical « plein de feu et de dynamisme » du début. Plus tard, la clarinette et les bassons entonnent une mélodie lyrique qui s’accélère bientôt dans une section que la compositrice a marquée d’un vers du poème de Lorde, « où battent les océans agités ». D’abord tout doucement puis de plus en plus vite, des figures en ostinato dans les cordes aiguës propulsent les vents et les cordes graves qui entonnent une gamme chromatique graduellement ascendante, avec des houles de plus en plus puissantes. La figuration est reprise par les vents et, « avec une grande force », la pièce atteint son « indomptable » conclusion.

JOHN LUTHER ADAMS

Become Ocean

La musique distinctive du compositeur américain John Luther Adams est « ancrée dans l’espace, le calme et les forces élémentaires », façonnée par près de 40 ans de vie dans le nord de l’Alaska. Dans les années 1970 et 1980, il a œuvré comme militant écologiste, mais il a décidé, par la suite, de se faire compositeur à plein temps, convaincu que la musique peut être un moteur de changement plus puissant que la politique. À ses yeux, la musique offre la possibilité d’imaginer « une culture et une société dans lesquelles nous nous sentons plus profondément responsables de notre propre place dans le monde, » et le pouvoir transformateur de « faire exister cette culture et cette société ».

Fruit d’une commande de l’Orchestre symphonique de Seattle et de Ludovic Morlot, qui en était alors le directeur musical, Become Ocean (« Devenir océan ») a été composé en 2013, et a remporté le prix Pulitzer pour la musique l’année suivante. Le compositeur l’évoque en ces termes :

C’est une méditation sur les mystérieuses et profondes marées de l’existence. La vie sur Terre a d’abord émergé de la mer. Et à mesure que fondent les glaces polaires et que monte le niveau des mers, nous, les humains, sommes confrontés à la perspective de redevenir concrètement, une fois de plus, l’océan.

 

Alors que l’œuvre embrasse l’idée que « finalement, nous commençons à prendre conscience que nous faisons partie de quelque chose de beaucoup plus grand que nous-mêmes », M. Adams signale que le titre provient d’une source plus personnelle :

À la fin des années 1970, John Cage a écrit un mésostiche intitulé « Many Happy Returns » (« Tous mes vœux ») en l’honneur de son cher ami – également mon mentor et ami – Lou Harrison. Il compare la musique de Lou à un fleuve dans un delta, avec toutes ces influences et ces courants variés qui se rejoignent dans un beau et grand flot musical. Et dans la conclusion du poème, Cage écrit

Quand nouS l’écoutons
nous devenOns
océaN.

J’ai toujours été frappé par la beauté de cette image.

Become Ocean est une expérience immersive, au cours de laquelle l’orchestre devient un immense corps acoustique. Les sections de l’orchestre – les vents, les cuivres et les cordes – jouent chacune des passages musicaux qui sont répétés en nombre précis. L’oreille perçoit ainsi différents timbres et sonorités qui émergent de la masse océanique et y retournent au fur et à mesure du déroulement de la pièce. Sur une durée de 42 minutes, ces passages semblables à des vagues progressent, d’une part, sous la forme six sections de sept minutes chacune. À un autre niveau, ces sections peuvent être regroupées en trois arcs de quatorze minutes, atteignant des points culminants massifs aux septième, vingt-et-unième et trente-cinquième minutes, lorsque les sommets des cycles des sections instrumentales coïncident. À ces mi-parcours, la musique commence à battre en retraite, pour finalement s’apaiser. Cette construction palindromique façonne également la pièce à son niveau structurel le plus important, lorsque, à partir du milieu, la musique s’inverse, offrant un changement de perspective poignant par rapport à ce qui a précédé.

Notes de programme par Hannah Chan-Hartley (traduit de l’anglais)

L'Orchestre du CNA

Conductor: Alexander Shelley

Premiers violons
Yosuke Kawasaki (violon solo)
Jessica Linnebach (violon solo associée)
Noémi Racine Gaudreault (assistante violon solo)
Jeremy Mastrangelo
Marjolaine Lambert
Manuela Milani
Emily Westell
*Zhengdong Liang
*Erica Miller
*Martine Dubé|
*Heather Schnarr
*Oleg Chelpanov
*John Corban

Seconds violons
Mintje van Lier (solo)
Winston Webber (assistant solo)
Frédéric Moisan
Carissa Klopoushak
Mark Friedman
Karoly Sziladi
Leah Roseman
**Edvard Skerjanc
*Emily Kruspe
*Renée London
*Andréa Armijo Fortin
*Marc Djokic

Altos
Jethro Marks (solo)
David Goldblatt (assistant solo)
David Marks (solo associé)
Paul Casey
David Thies-Thompson
*Kelvin Enns
*Alexander Moroz

Violoncelles
Rachel Mercer (solo)
Julia MacLaine (assistante solo)
Marc-André Riberdy
Timothy McCoy
Leah Wyber
*Desiree Abbey
*Karen Kang

Contrebasses
*Joel Quarrington (solo invité)
**Hilda Cowie
Max Cardilli
Vincent Gendron
Marjolaine Fournier
*Travis Harrison

Flûtes
Joanna G'froerer (principal / solo)
Stephanie Morin
*Kaili Maimets

Hautbois
Charles Hamann (principal / solo)
Anna Petersen
*Melissa Scott

Cor Anglais
Anna Petersen

Clarinettes
Kimball Sykes (principal / solo)
Sean Rice
*Juan Olivares

Bassons
Darren Hicks (principal / solo)
Vincent Parizeau
*Ben Glossop

Cors
Lawrence Vine (principal / solo)
Julie Fauteux (associate principal / solo associée)
Elizabeth Simpson
Lauren Anker
Louis-Pierre Bergeron

Trompettes
Karen Donnelly (principal / solo)
Steven van Gulik
*Paul Jeffrey

Trombones
**Donald Renshaw (principal / solo)
*Steve Dyer (guest principal / solo invité)
Colin Traquair

Bass Trombone
*Zachary Bond

Tubas
Chris Lee (principal / solo)

Timbales
*Jonathan Rance

Percussion
Jonathan Wade
*Louis Pino
*Tim Francom

Harpe

*Angela Schwarzkopf
*Alanna Ellison

Piano
*Olga Gross

Celeste
*Patrick Cashin


Musicothécaire principale
Nancy Elbeck

Musicothécaire adjoint
Corey Rempel

Chef du personnel
Meiko Lydall

Chef adjointe du personnel
Laurie Shannon

*Musiciens surnuméraires
**On Leave/En congé

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