Le CNA prolonge les annulations et les reports d'événements jusqu'au 14 juin

Kawasaki joue Koprowski

avec l'Orchestre du CNA

Réflexion

Le Concerto pour violon de Peter Paul Koprowski est formé de quatre mouvements ayant pour titres Ballade, Caprice, Berceuse et Burlesque. J’aime ces titres si différents de ceux des compositions classiques indiquant habituellement le tempo, comme Allegro (tempo rapide) ou Adagio (tempo lent); des titres un peu plus descriptifs, tel Allegro con spirito (rapide avec esprit) ou Adagio mesto (lent et triste), nous donnent parfois un aperçu du caractère du mouvement. Ici, pas de débat. Il y a quelque chose de rassurant dans le fait de savoir que j’interprète une berceuse, par exemple, ce que la partition rend bien. Par ailleurs, on perçoit nettement l’alternance des mouvements lents et rapides dans ces titres. Entre la Berceuse et le Burlesque, Peter Paul a ajouté une brève cadence plusieurs mois après avoir achevé son concerto, « parce que c’est ce qu’il demandait », dit-il.

Quand j’interprète ce concerto, je sens qu’il est à la fois superbement lyrique et doux-amer. Les auditeurs qui m’ont déjà vu en concert ont peut-être l’impression que je suis toujours enthousiaste et passionné parce que je suis très expressif (il m’arrive de me lever en jouant), mais, en fait, je peux plus facilement exprimer la tristesse que le bonheur en musique. Je ne sais pas si Peter Paul a eu cette impression il y a des années, mais je dirais que ce concerto « molto simpatico » et moi ne formons qu’un!


En 1972, Mario Bernardi était à la tête de l’Orchestre du CNA pour la première prestation que l’ensemble a donnée de la Symphonie dite « Militaire » de Haydn. Sa plus récente interprétation a eu lieu en 2012, cette fois sous la direction de José Luis Gomez.

C’est la première fois que l’Orchestre du CNA interprète la Symphonie no 2 de Carl Nielsen.


Haydn

Symphonie no 100 en sol majeur, « Militaire »

Rohrau (Autriche), 31 mars 1732
Vienne, 31 mai 1809

Quand la Symphonie no 100 de Haydn – d’abord baptisée « nouvelle Grande Ouverture » par les Anglais – a été créée aux Hanover-Square Rooms de Londres, le 31 mars 1794 (jour du 62e anniversaire de naissance de Haydn), elle a aussitôt récolté un succès gigantesque. L’œuvre n’a pas tardé à s’imposer dans toute l’Europe comme la symphonie la plus prisée de Haydn, une popularité qui allait se maintenir pendant de nombreuses années. Elle a même rejoint le Nouveau Monde dès 1825, alors qu’elle a été jouée à Boston.

Le sous-titre, « Militaire », n’est pas de Haydn. Peu après sa création, l’œuvre a acquis ce sobriquet fort à-propos comme un abrégé de « la symphonie au mouvement militaire » (le second). En fait, les influences militaires sont perceptibles tout au long de cette symphonie.

L’introduction lente comporte plusieurs passages solennels écrits pour le plus militaire des instruments, le tambour (en fait, les timbales), en évidence tout au long du mouvement. Les deux thèmes principaux de la section Allegro ont des accents militaires, le premier (flûte, deux hautbois) évoquant avec humour de petits soldats de plomb, le second (violons) si plein de hardiesse et d’assurance que Johann Strauss père s’en est inspiré pour sa Marche de Radetzky en 1848.

Au traditionnel mouvement lent, le compositeur a substitué un allegretto (d’allure modérée) composé d’un thème et de variations sur ce qui ressemble à un air folklorique. En réalité, ce thème est bien de Haydn, et ce n’est que plus tard qu’il a servi de base à une chanson populaire. À l’époque, on s’attendait généralement à ce que les trompettes et les tambours restent cois pendant le deuxième mouvement d’une symphonie. Mais le compositeur, qui se plaisait à surprendre ses auditeurs, conserve ici non seulement ces instruments, mais y ajoute des éléments « turcs » : une grosse caisse, des cymbales et un triangle (avec une paire de clarinettes). La coda s’amorce sur une stridente sonnerie de clairon, un instrument vraisemblablement utilisé par l’armée autrichienne.

Le menuet, énergique et sans fioritures, comporte un gracieux trio central. Même ici, l’élément militaire est présent sous la forme d’un motif rythmique martelé par l’orchestre entier dirigé par les trompettes et les tambours.

L’exubérant finale, l’un des plus substantiels qu’ait composé Haydn (334 mesures), recèle son lot de surprises, d’énigmes et de plaisanteries musicales. La section des percussions revient au grand complet, et la symphonie s’achève sur une splendeur sonore telle que Haydn n’en a jamais tiré de plus puissante d’un orchestre.

– Traduit d’après Robert Markow

Peter Paul Koprowski

Concerto pour violon

Łódź, Pologne, 24 août 1947
Vit actuellement à London, Ontario

Peter Paul Koprowski a amorcé sa formation musicale à Cracovie, avant d’étudier à Paris auprès de Nadia Boulanger, puis en Angleterre et finalement à l’Université de Toronto. Il a été naturalisé canadien en 1976. Collectionnant les prix depuis l’adolescence, il a notamment obtenu le prestigieux prix Jules-Léger (en 1989 et en 1994) et le prix national Jean A. Chalmers de musique (1997); en 2005, il a reçu la croix de chevalier de l’ordre Polonia Restituta, plus haute distinction civile décernée par son pays natal. Il a l’an dernier mis fin à sa carrière de professeur de composition à l’Université Western (London, Ontario).

L’abondante production de Koprowski comporte plus de cinquante œuvres de commande pour des ensembles comme l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre philharmonique d’Oslo, l’Orchestre de chambre de Pologne, l’Esprit Orchestra (Toronto), le quintette à vents de l’Orchestre philharmonique de Berlin et l’Orchestre du Centre national des Arts, lequel interprète sa musique depuis 1982. Parmi ces compositions, notons In Memoriam Karol Szymanowski, Epitaph for Strings, Sweet Baroque, Songs of Forever, Sinfonia Mystica, Sinfonia Concertante, Ancestral Voices, Intermezzo et Capriccio.

Koprowski a composé trois œuvres de commande pour l'Orchestre du CNA – Podhale; un concerto de chambre pour contrebasse solo, timbales, percussions et cordes; et un concerto pour violon – dans le cadre du Prix de composition du CNA.

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Concerto pour violon

Première mondiale : 25 mars 2020 | Commande du CNA

La plus récente œuvre de Peter Paul Koprowsi écrite pour l’Orchestre du CNA est son Concerto pour violon, dont l’exécution dure 22 minutes. Koprowski décrit cette pièce, composée expressément pour le soliste, Yosuke Kawasaki, comme « de la musique tonale assumée, mélodieuse et remplie de contrastes ».

« Le premier mouvement », écrit-il, est poétique et lyrique sur un tempo modéré. Il s’ouvre sur un solo de clarinette accompagné du son délicat d’un carillon en verre. Divers instruments de l’orchestre se joignent au violon solo dans des configurations de chambre. Vers le milieu de cette Ballade survient soudain un bref épisode plutôt agressif, confié aux cuivres, débouchant sur une musique lyrique qui se déploie lentement dans une atmosphère poétique.

Le deuxième mouvement est enchaîné sans pause et introduit un brusque contraste dans la musique. Il est rapide, haletant et exigeant pour le soliste.

Le troisième mouvement s’amorce avec un bref énoncé des vents, construit à partir du solo de clarinette qui constituait les premières mesures de la composition. Malgré sa lenteur et son rythme constant, il apporte à l’œuvre une touche humoristique. La musique est quelque peu relâchée, après le tumulte du Caprice.

Sans pause, le mouvement se résout dans une cadence, suivie du mouvement final. Enjoué, tour à tour agressif et rempli d’humour et de vigueur, ce Burlesque résume l’ensemble de la composition et l’amène à sa dynamique conclusion. »

– Traduit d’après Robert Markow

Nielsen

Symphonie no 2, « Les quatre tempéraments »

Sortelung (près de Nørre Lyndelse), île de Fionie, Danemark, 9 juin 1865
Copenhague, 3 octobre 1931

Tout comme le Finlandais Sibelius, le plus célèbre compositeur du Danemark, Carl Nielsen, compte parmi les plus importants symphonistes du début du XXe siècle. Nielsen avait un style qui n’appartenait qu’à lui, mais il a vécu à une époque si riche en personnalités flamboyantes – Debussy, Bartók, Mahler, Ravel, Satie, Schoenberg, Busoni, Strauss, Stravinsky, Varèse… – qu’il ne restait guère de place, sur la scène internationale, pour une musique relativement conservatrice écrite par un homme simple et tranquille de Copenhague.

Mais les temps changent, et la cote de Nielsen est nettement plus élevée aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a quelques décennies. Sa musique, notamment ses six symphonies et trois concertos (pour clarinette, flûte et violon), est maintenant jouée régulièrement et appréciée pour son approche rafraîchissante des formes anciennes, sa profonde humanité, son dynamisme et son charme irrésistible.

La condition humaine est au cœur de la Symphonie no 2. En 1901, alors qu’il était en visite dans un village de Zélande, il vit sur le mur d’une taverne une série de tableaux évoquant les quatre « tempéraments » de l’être humain. Sa première réaction fut d’en rire sarcastiquement avec ses amis. Mais plus tard, voici ce qu’il réalisa : « mes pensées y étaient ramenées constamment, et un beau jour, il m’est apparu clairement que ces humbles tableaux présentaient une valeur intrinsèque, voire une possibilité musicale. » Ces réflexions donnèrent naissance à une symphonie en quatre mouvements, que Nielsen acheva en 1902. La création, sous la baguette du compositeur lui-même, eut lieu à Copenhague le 1er décembre de la même année.

Les quatre humeurs (ou « tempéraments ») ont occupé médecins, philosophes et psychologues depuis l’Antiquité. Essentiellement, selon la théorie des humeurs, quatre fluides fondamentaux du corps humain contribuent à former la personnalité de chacun : le sang; le phlegme (produit par la gorge); la bile noire (sang coagulé émanant de la rate); et la bile jaune (bile sécrétée par le foie). Le premier était associé à l’enthousiasme et l’excitabilité; le deuxième, à l’apathie et l’indolence; le troisième, à la mélancolie; et le quatrième, à la colère et l’irritabilité.

Le premier mouvement de la symphonie, de forme sonate, fuse avec toute la vigueur et le dynamisme qu’on peut attendre d’un tempérament « colérique », bien qu’on trouve aussi, plus tard, des moments d’apaisement et de retenue (notamment le lumineux et attachant second sujet, exposé par les bois). « L’homme impétueux, souligne Nielsen, peut avoir ses moments d’apaisement, le mélancolique, ses élans d’impétuosité ou de joie, et l’homme affable et enjoué peut devenir quelque peu contemplatif, voire plutôt sérieux – mais seulement pour un petit moment. »

Bien que l’idée de la musique à programme ait déplu au compositeur, il a fait une exception pour le deuxième mouvement de cette symphonie. « J’ai imaginé un jeune homme de fort aimable disposition […]. Comment le morigéner, puisque tout ce qui est idyllique et paradisiaque dans la nature se retrouve en lui. Il aime se détendre au soleil tandis que les oiseaux chantent et que les poissons glissent dans l’eau en silence. Je ne l’ai jamais vu danser; il n’est pas assez actif pour ça, mais il pourrait bien avoir envie de se laisser bercer par un rythme de valse doux et lent, aussi ai-je ici utilisé [un tel rythme]. » Tranchant avec les changements d’humeur qui se manifestent dans les autres mouvements, Nielsen affirme ici : « l’homme paresseux, indolent […] n’émerge de son apathie qu’avec la plus grande difficulté; ce mouvement est donc à la fois très court (il ne veut pas être dérangé) et constant dans sa progression. »

Le mouvement qui porte l’indication Andante malincolico (le compositeur a mal orthographié l’italien « malinconico ») est en effet oppressant, austère et chargé de la sombre tonalité de mi bémol mineur (six demi-tons). Pour Nielsen, ce qui s’exprime ici est « un puissant cri de souffrance » (cordes), un motif s’apparentant à « une plainte, un soupir (hautbois) qui se développe lentement, s’achevant au paroxysme du chagrin et de la douleur. Après une courte transition survient un épisode apaisé et résigné, en mi bémol majeur. »

Dans le finale sanguin, Nielsen a voulu évoquer « un homme qui avance impétueusement et croit que le monde entier lui appartient […] La marche finale, si joyeuse et légère soit-elle, n’en affiche pas moins une plus grande dignité, et bien moins de futilité et de contentement de soi que dans les parties antérieures de son développement. »

– Traduit d’après Robert Markow


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