Vivre l’instant présent avec Schubert

Notre quintette a joué aujourd'hui le "grand" Quintette à cordes en do majeur de Schubert, communément appelé « Quintette avec violoncelle ». Les deux violoncellistes étaient Margaret Tobolowska et Leah Wyber, l'autre violoniste était mon mari Mark, et l'altiste était Paul Casey (lauréat 2011 de la Bourse de l'Orchestre du CNA). Schubert était très malade lorsqu'il a composé ce quintette, quelques semaines seulement avant sa mort prématurée à 31 ans. Dans cette musique extraordinaire, j'entends sa tristesse et sa colère contre la maladie, mais ce que j'entends encore plus, c'est un jeune homme profondément épris de la vie. Sa musique nous fait vivre toute la gamme des émotions, avec de fréquents changements d'humeur. Je m'efforce de vivre « dans le moment présent », ce qui est un processus d'apprentissage continu, et je trouve cette musique particulièrement inspirante sur ce plan. J'ai le sentiment que c'est exactement ce que cherchait à faire Schubert, malade : vivre « l'instant présent ».

Nous avons donné notre concert à la Cabane-En-Bois-Rond de Gatineau, devant un club social de retraités engagés. Un public formidable, extrêmement attentif. Et ça m'a réjouie d'apprendre après le concert que tout le monde avait le sourire aux lèvres. C'est exactement ce que produisent chez moi la plupart des œuvres de Schubert, et celle-ci tout spécialement.

Je suis membre de l'Orchestre du CNA depuis 1997, et malgré un horaire d'enseignement très chargé et une jeune famille, j'ai choisi de demeurer active comme chambriste. Les concerts comme celui que nous avons donné aujourd'hui sont pour nous, musiciens, une grande source de motivation. Comment, en effet, ne pas aimer jouer l'une des plus grandes œuvres instrumentales jamais écrites pour un auditoire attentif dans un cadre intime?

C'est une chance merveilleuse que celle qui nous est donnée de faire de la musique au cœur de notre milieu. Une des organisatrices m'a confié qu'elle écoutait depuis des années un enregistrement du quintette avec violoncelle de Schubert, et qu'elle se faisait une grande joie de l'entendre jouer en direct aujourd'hui. Malgré notre connaissance chancelante du français, nous avons pu parler musique avec l'auditoire et répondre aux questions du public sur nos instruments respectifs et notre préparation au concert. Ce fut une merveilleuse façon de passer un bel après-midi du printemps, et c'était génial de voir que le public avait vécu un beau moment musical.

Par Leah Roseman


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