Innocence Lost avec Beverley Cooper 1re partie

Trevor Barrette, Allan Morgan © Luce Tremblay-Gaudette
Beverley Cooper

Entretien avec Beverley Cooper sur son drame percutant Innocence Lost, A Play about Steven Truscott
1re partie

L’échéance fixée par le Blyth Festival pour la rédaction de la pièce était presque impossible à respecter. Comment avez-vous composé avec cette pression?

Le directeur artistique du Blyth Festival, l’admirable Eric Coates, m’a proposé en août 2007 d’écrire une œuvre sur Steven Truscott qui serait produite l’été suivant. L’affaire ne m’était pas familière, je me suis donc documentée sur le sujet pour ensuite m’empresser d’accepter la proposition. Cela dit, j’étais à l’époque productrice de la série dramatique radiophonique Afghanada sur le réseau CBC et, par conséquent, je ne pouvais entamer la rédaction de la pièce qu’en janvier. J’ai donc demandé à Eric s’il pouvait repousser la date de remise du texte à l’année suivante : iI a refusé. L’acquittement récent de Steven Truscott faisait la une des journaux et il fallait en profiter avant que l’affaire ne soit plus d’actualité. J’ai dû accepter son offre avant qu’il  ne la propose à d’autres. Transcriptions, rapports d’autopsie, lettres, livres et articles se sont rapidement empilés sur mon bureau dans ma course (jalonnée de quelques crises de panique) pour respecter les échéances particulièrement serrées qu’on m’avait fixées – le texte devait être prêt à temps pour les répétitions. Avant même que je n’aie écrit le moindre mot, les journalistes se sont mis à m’appeler pour des entrevues.

L’acquittement de Steven Truscott, qui avait été reconnu coupable du viol et du meurtre de Lynne Harper en 1959, a été profondément bouleversant pour la famille de la victime. Les circonstances difficiles et la charge émotionnelle entourant l’affaire ont-elles amplifié le défi qui vous était lancé?

J’étais consciente d’entrée de jeu que cette histoire ne représentait pas simplement un bon thème pour une pièce de théâtre, mais une véritable tragédie pour toutes les personnes impliquées. J’ai cherché à entendre toutes les versions possibles, mettant un accent tout particulier sur la dimension humaine et sur le pourquoi de l’affaire. Je voulais être certaine de ne rien manquer. J’ai donc passé en entrevue autant de personnes que possible : du fils d’un membre du juré au fils d’Isabel LeBourdais, en passant par les amis d’enfance de Steven Truscott, sans oublier les individus toujours convaincus de sa culpabilité. Je n’ai pas cherché à interviewer Steven Truscott. Il avait réalisé tant d’entrevues jusqu’à ce point que j’ai d’abord voulu trouver une question que personne d’autre ne lui avait posée avant de solliciter une nouvelle entrevue. En fin de compte, je n’ai pas trouvé cette fameuse question. Soucieuse de respecter son deuil, j’ai également choisi d’exclure la famille Harper de mon processus de recherche. Des images de la fillette de douze ans et du garçon de quatorze ans ont néanmoins occupé mon esprit tout au long de la rédaction de la pièce.

Créer l’œuvre Innocence Lost au Blyth Festival, à moins de douze kilomètres du lieu de la tragédie, était un choix courageux.

Oui, tout le monde semblait attaché à l’histoire par des liens personnels. Qui plus est, lorsqu’un ancien directeur administratif de Blyth Festival avait proposé de transposer l’histoire de Steven Truscott à la scène, il avait reçu plusieurs lettres virulentes visant à le dissuader d’explorer le procès et la condamnation, sujet qui avait divisé tant de familles et d’amis. L’intégrité de la pièce était d’autant plus importante pour moi que la collectivité comptait y assister – fait qui m’a tenue en alerte tout au long de la création de l’œuvre. La soirée d’ouverture venue, j’avais les nerfs à vif. J’ai été si soulagée de voir la collectivité de Huron County applaudir et approuver la pièce, qui a été un franc succès pour le Blyth Festival.  

Steven Truscott a-t-il assisté à la pièce?

Il a assisté à une représentation en compagnie de sa femme Marlene; tous deux se sont rendus dans les coulisses à la fin du spectacle pour rencontrer les comédiens. Il s’est montré courtois, d’un grand soutien, tranquille et timide. Quand je lui ai demandé s’il était difficile pour lui d’assister à la pièce, il m’a répondu que non; il avait déjà passé l’histoire en revue d’innombrables fois, jusqu’aux moindres détails. Il semblait très terre-à-terre et sans rancune, ce qui est admirable. J’ai été honorée de le rencontrer.

Suzanne Shugar est une journaliste et une communicatrice de Montréal, ainsi que rédactrice Web et chargée des relations publiques au Centaur Theatre. Cet entretien est diffusé avec l’autorisation du Centaur Theatre.


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