Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.

Beatrice & Virgil : Une Collaboration avec Factory Theatre

Damien Atkins, Pierre Brault à Beatrice & Virgil © Photo Joanna Akyol
Pierre Brault, Damien Atkins à Beatrice & Virgil © Photo Joanna Akyol

Lorsque, le mois dernier, la saison 2014‑2015 du Théâtre anglais a été annoncée, Jillian Keiley, directrice artistique, et Sarah Garton Stanley, directrice artistique associée, ont souligné la croissance de The Collaborations, un partenariat unique en son genre avec des compagnies de théâtre et des artistes des quatre coins du pays. Cette initiative a pour but de mettre différentes ressources du Théâtre anglais à la disposition des artistes de partout au Canada qui s’apprêtent à lancer une œuvre ou qui fignolent un spectacle.

Parmi les vingt projets dont s’occupe Sarah figure la première mondiale de l’œuvre de Yann Martel Beatrice & Virgil, adaptée par Lindsay Cochrane et présentée par Factory Theatre.

Nous avons rencontré Sarah – qui en dirige également la production – pour échanger au sujet de cette Collaboration.

Parlez‑nous un peu de Beatrice & Virgil.

Eh bien, je devrais commencer par dire que Beatrice & Virgil est à la fois très étrange et très vrai. Il s’agit à la fois d’une complainte et d’une ballade qui – dans son essence – est une invitation à la réflexion et à l’action dans la vie quotidienne de nous tous, par le rappel et la compréhension de certaines vérités au sujet d’événements passés. L’auteur, Yann Martel, s’intéresse à la lisière qui sépare la réalité de la fiction, mais aussi à la colle qui les soude. Le jumelage de ces deux idées souvent opposées et antinomiques est ce qui propulse le récit. Non seulement les contraires s’attirent‑ils, mais ils révèlent des similitudes non désirées, et nous convient à accepter cet état de fait comme une possible réalité.

Dans cette histoire, un romancier et un taxidermiste se questionnent tous deux sur la meilleure manière de raconter une nouvelle histoire concernant les horreurs avérées du passé. En l’occurrence, le Romancier essaie de raconter une histoire qui gardera bien vivantes les leçons et les horreurs du passé pour que les générations actuelles puissent tirer consolation et soutien des évocations et des rappels. Le Romancier veut raconter une histoire que nous pouvons entendre. Le Taxidermiste, quant à lui, a besoin de raconter une histoire qui peut être entendue, et Beatrice et Virgil, une ânesse et un singe, veulent vivre en sachant qu’à chaque tournant, ils ont fait de leur mieux. Et dans cette histoire, c’est exactement ce qu’ils font. Beatrice et Virgil sont courageux au‑delà de toute mesure, car ils conservent à la fois leur imagination et leur cœur, et surtout leur amour pour le monde et l’un pour l’autre.

Comment le Théâtre anglais en est‑il venu à collaborer avec cette production?

Iris Turcott, conseillère dramaturgique du Factory Theatre à Toronto, tenait à ce que je dirige cette pièce et j’étais enthousiaste à l’idée de lui donner vie. De plus, elle a ajouté un cadre conceptuel à l’œuvre, qui a donné à Lindsay Cochrane plus de latitude pour l’adapter à la scène. Lorsque Jillian Keiley et moi‑même sommes arrivées au CNA, Jillian a proposé une vision claire du rôle du Théâtre anglais en tant qu’investisseur qui prolonge la vie de pièces de théâtre créées dans tout le pays. Cette pièce nous intéressait réellement, et dans une perspective à long terme, Jillian et moi trouvions que c’était une pièce passionnante dans laquelle investir. Il ne s’agit pas d’une œuvre facile, loin de là, mais c’est une belle histoire en fin de compte, car elle nous permet de nous rapprocher de notre capacité autant pour le bien comme pour le mal.

Pouvez‑vous décrire le processus d’adaptation du livre à la scène?

Lindsay Cochrane avait lu le livre et pensé qu’il devait absolument devenir une pièce de théâtre! Et cela, longtemps avant qu’il ne soit question de la version cinématographique de Life of Pi. Lorsque j’y repense maintenant, je suis si contente qu’elle y ait songé à l’époque. Cela aurait été tellement difficile de devoir essayer de créer quelque chose après le succès phénoménal du film d’Ang Lee. J’ai adoré le film et je l’ai vu plus de quelques fois! Elle a abordé Yann, qui lui a donné l’autorisation de faire une adaptation pour la scène. Lindsay a été référée à Iris Turcott du Factory Theatre, et le reste, comme on dit, appartient à l’histoire. J’ai commencé à participer au projet il y a environ un an et demi. Mais avant que je n’en fasse partie, Yann était venu à Toronto, où il avait travaillé avec Lindsay et Iris et quelques acteurs à l’adaptation. Le scénario que les spectateurs verront maintenant tient compte en grande partie des décisions qui ont été faites durant cet atelier. Le fait de pouvoir échanger avec Yann durant tout le processus a été incroyablement gratifiant. Son intelligence et sa connaissance de la littérature et de la pensée modernes sont remarquables, et d’avoir l’occasion de discuter avec lui de certaines idées présentées dans le texte sur lesquelles je butais a été formidable.

En plus du partenariat Collaborations, vous dirigez également la présente production. Comment la période des répétitions s’est‑elle déroulée?

Les répétitions pour ce spectacle ont été merveilleuses. C’est un espace pur et purement imaginatif. Toute la troupe a contribué quotidiennement au panorama chargé d’histoire que nous sommes en train de construire. Je peux dire en toute franchise que mes heures passées dans la salle de répétition sont les moments les meilleurs et les plus excitants de ma journée. Certes, il y a une merveilleuse générosité et un travail exigeant, mais, point essentiel, je collabore avec des artistes d’une remarquable brillance. Et je suis littéralement à leurs pieds, puisque la salle de répétition au Factory Theatre est si minuscule, que nous avons parfois le privilège d’être littéralement à deux pas des acteurs.

Par ailleurs, cette pièce est interprétée par deux de mes comédiens préférés : le miraculeux Pierre Brault, originaire d’Ottawa, dans le rôle du Taxidermiste, et le glorieusement prodigieux Damien Atkins, de Toronto. Je n’arrive pas à exprimer à quel point ils sont extraordinaires. Et je travaille aussi avec une équipe de décorateurs de rêve : Amy Keith, de Montréal, est à la conception des décors et des costumes. Nous avons travaillé ensemble à plusieurs projets, et je suis toujours ravie de sa curiosité créative et de sa capacité à la matérialiser. Cela a été purement magique. L’équipe son, éclairage et vidéo, de Halifax, Prince Edward County et Toronto, est un tiercé de brillance et de talents multiples. Christian Barry, qui s’occupe du son, est un metteur en ondes primé; John Thompson, qui s’occupe de l’éclairage, est un concepteur de décors et de costumes primé; et Ken Mackenzie, qui s’occupe de la vidéo, est le concepteur de décors et de costumes en résidence (et à l’occasion un acteur) pour Soulpepper. Très récemment, les spectateurs du CNA ont pu admirer le travail de conception de Ken dans Kim’s Convenience.

À quelles autres Collaborations les spectateurs du CNA peuvent‑ils s’attendre dans un proche avenir?

Nous sommes engagés dans un certain nombre de collaborations vraiment passionnantes. La première qui me vient à l’esprit est la renversante Helen Lawrence, créée par Stan Douglas et Chris Haddock. Cette pièce vient tout juste d’être jouée à Vancouver, au Arts Club Theatre Company, et sera présentée au Festival TransAmériques de Montréal, en mai, puis au Kammerspiele de Munich, en juin, et à l’Edinburgh International Festival, en août. Puis en octobre, elle ouvrira la saison de la Canadian Stage Company, à Toronto.

Parallèlement, nous travaillons avec l’Indigenous Performing Arts Alliance, le Banff Centre et le Luminato Festival sur The Summit et The Study. Cette exploration de deux ans examine le corpus d’œuvres autochtones créées au Canada. Et surveillez aussi l’arrivée de Watershed, de Crow's Theatre et Porte Parole, une nouvelle pièce de l’écrivaine Annabel Soutar, de Seeds,dont la première est prévue à Toronto dans le cadre des Jeux panaméricains, en juillet 2015.

À mesure que The Collaborations poursuit sa croissance, nous espérons que les œuvres dans lesquelles le Théâtre anglais s’investit contribueront à l’enrichissement du corpus foisonnant et en pleine évolution d’œuvres théâtrales canadiennes.

La première mondiale de Beatrice & Virgil sera donnée au Factory Theatre de Toronto, du 12 avril au 11 mai. Pour de plus amples informations, veuillez visiter www.factorytheatre.ca.

Voici de plus amples informations sur le Théâtre anglais du CNA et The Collaborations


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