Apprivoiser le caméléon – Un message de Mélanie Dumont

Les enfants confondent parfois théâtre et cinéma ; surtout ceux qui viennent au spectacle pour la première fois. Il y a d’ailleurs des chances que leurs frimousses se froissent un peu à l’annonce de cette étrange nouvelle : « Non, il n’y aura pas de pop corn pendant la représentation… » Mais l’œil des enfants s’écarquille en un rien de temps, presque incrédule, lorsqu’ils apprennent que tout ce monde qu’ils verront bientôt s’affairer sur scène pour raconter une histoire, habiter un univers, ce sont de vraies personnes, faites de chair et d’os. Blottis dans le noir, ils découvrent alors que le théâtre est un art vivant, qui se fabrique quasiment en temps réel. Tout conscients du jeu qui s’invente là, la plupart se laissent prendre. Happés.

Puis ils reviennent. Et découvrent encore que le théâtre est une curieuse bête. Sous l’impulsion des créateurs, il se métamorphose sans cesse et change de peau. Même qu’il lui arrive d’en revêtir plusieurs à la fois. La scène fait-elle entendre des langues inventées, orchestre-t-elle une danse de cheveux, invite-t-elle un piano, une contrebasse ou une danseuse, qu’elle change subitement de forme et d’aspect. Du théâtre caméléon ? Coloré par les autres arts et langages auxquels il se frotte ? Du bout de leurs sièges, les enfants jaugent le spectacle ; le temps est à l’apprivoisement. Timides au début, puis de plus en plus intrigués, ils se montrent vite prêts à l’aventure.

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« C’était spécial, madame. » Oui, c’est le mot. Il n’y en a pas de plus juste à mes yeux pour décrire l’expérience. Celle que nous propose le théâtre, cet art vivant.


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