Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.

Chansons pour le musée

© Jonathan Lorange

L’épatante Karine Sauvé a réussi à nous éblouir et à nous faire rire (!) avec ses Grands-mères mortes en 2015. On l’a aussi aperçue en mode concert lors du dernier festival BIG BANG. Elle prépare maintenant une création sonore dans laquelle les oreilles se branchent directement sur le cœur. Pour patienter jusqu’au dévoilement des trois épisodes en novembre, l’artiste nous livre quelques secrets autour du processus et des thèmes de Chansons pour le musée.

Il faut absolument que tu nous racontes ton processus de création pour Chansons pour le musée ! On dit que tu as véritablement chanté pour des œuvres d’art ? 

J’étais dans un creux. Je voulais chanter mais je n’y arrivais plus.

Ça a été dur la solitude, quand on s’est séparé, le père de mes enfants et moi, et que je me suis retrouvée à habiter seule, sans eux, la moitié du temps. Séparer le couple, ok, on y avait longuement réfléchi et ça nous est apparu nécessaire. Séparer la famille… ouf. 

Je n’avais pas vu venir les vertiges de ce deuil-là. 

Fallait que je refasse maison. 

J’étais moins bonne que je l’aurais cru pour être toute seule. J’avais besoin d’être en lien mais j’étais vidée et ça me tirait beaucoup de jus de connecter avec d’autres humains. Je me suis retrouvée fascinée par des œuvres de Shary Boyle, d’Élise Provencher et de Sylvie Cotton, entre autres, par des formes qui se situent entre abstraction et figuration, comme dans un état de métamorphose, des œuvres parfois lumineuses, souvent étranges, presque épeurantes. Je les contemplais, je sentais bien que les artistes les avaient soignées et aimées. Certaines sculptures m’attiraient plus que d’autres, elles semblaient murmurer en textures leur expérience de l’informe… On aurait dit qu’elles me donnaient des permissions de ressentir un état d’avant les mots, un état subtil, tabou même, où je pouvais me reconnaître. Elles m’invitaient à m’asseoir avec moi-même et à regarder mes propres monstres dans les yeux.

Ressentir, c’est souvent traverser.

C’est la piste que j’ai suivie.

Ça a pris pas mal de silence puis, tranquillement, le goût de chanter est revenu.

Chanter pour des œuvres et donner à voir l’effet qu’elles ont sur moi est devenu une mission.

J’ai écrit aux trois artistes pour leur demander si je pouvais avoir du temps toute seule avec leurs sculptures. Elles ont dit oui. J’ai paqueté ma glacière, mon mini-synthé pis mon sleeping et me suis retrouvée en résidences-camping, des 3 jours/3 nuits dans leur atelier. À la fin, je les recevais et je leur offrais mes chansons. C’était simple et on se sentait liées. J’ai eu envie de faire un spectacle qui parlerait de ça, de séparation, de capacité à être seul, d’art qui répare et d’accompagnement.

Tu racontes cette touchante histoire de rupture en tant qu’adulte, femme et mère, et donc, depuis un point de vue, une réalité, étrangère aux enfants. Parle-nous de cet intéressant parti pris.

J’ai une amie psychanalyste qui travaille beaucoup avec les bébés. Quand leur mère quitte la pièce et qu’elle les voit en proie à une angoisse de séparation, elle leur dit, simplement : « tu sais, ta petite maman, elle est toujours là, en dedans de toi ». Je pense que Chansons pour le musée parle plus de cette maman-là que de l’autre, celle de chair. Il parle de la maman qu’on peut être pour nous-mêmes, la bienveillante qui sait être accueillante et curieuse même dans les temps durs. Je souhaite profondément que cette mère-là ne soit une réalité étrangère pour personne.

Propos recueillis par Amélie Dumoulin


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