Session WolfGANG

Festival SPHÈRE

2022-09-23 20:00 2022-09-23 21:30 60 Canada/Eastern 🎟 CNA : Session WolfGANG

https://nac-cna.ca/fr/event/30538

Événement en personne

Wolfgang vous invite, à faire ressortir votre côté aventureux pour cette prochaine session intime de musique mettant en avant la Terre au Club SAW Musiciens: Desiree Abbey, violoncelle Paul Casey, alto Karen Donnelly, trompette Steven Dyer, trombone Joanna G'froerer, flute Chris Lee, tuba Jessica Linnebach, violon David Marks, alto Stephanie Morin, flute  Rachel Mercer, violoncelle Marc-André Riberdy, violoncelle Steven van Gulik,...

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Club SAW ,67 rue Nicholas,Ottawa
vendredi 23 septembre 2022
20 h HAE

≈ 90 minutes · Avec entracte

Programme

Dernière mise à jour: 21 septembre 2022

ANNA THORVALDSDÓTTIR Spectra pour violon, alto et violoncelle
BRIAN NABORS Zephyr pour deux flûtes et quatuor à cordes
KRISTINE TJØGERSEN Spiracle pour quintette de cuivres
SCHAFER Quatuor à cordes no 2, « Waves »

Notes de programme

La session WolfGANG de ce soir, présentée dans le cadre du festival SPHÈRE, est une incursion en-dehors des sentiers battus avec des œuvres contemporaines inspirées de phénomènes naturels. Chacune des quatre pièces au programme a recours à des techniques de composition créatives, qui obligent les instrumentistes à aller au-delà de la manière traditionnelle de jouer de leurs instruments. C’est la musique de la nature comme vous ne l’avez jamais entendue auparavant!

Répertoire

ANNA THORVALDSDÓTTIR

Spectra pour violon, alto, violoncelle

La compositrice islandaise Anna Thorvaldsdóttir, « l’une des voix les plus distinctives de la musique contemporaine » (NPR), est connue pour ses œuvres à l’atmosphère forte, inventives et richement étoffées. Comme on peut le lire dans sa biographie, sa musique est écrite comme un « écosystème de sons » où les matériaux s’augmentent continuellement les uns des autres. Son œuvre s’inspire en grande partie des éléments fondamentaux de la nature et de ses qualités intrinsèques, notamment structurelles, comme la proportion et le flux. 

Fruit d’une commande du festival NJORD – la biennale de la nouvelle musique nordique à Copenhague – le trio à cordes Spectra d’Anna Thorvaldsdóttir a été composé en 2017. Il s’articule, comme elle le dit elle-même, en « six courts mouvements qui s’enchaînent dans un flux continu d’un mouvement à l’autre ». Des « indications d’ambiance », sous forme d’expressions comme « avec curiosité », « avec détermination » et « avec calme et lyrisme », souligne-t-elle, « sont inscrites en caractères gras et italiques au début de chaque mouvement ».

« Ma musique est écrite comme un écosystème de matériaux qui sont transmis d’un ou plusieurs instruments à un autre tout au long de l’œuvre », explique-t-elle. Dans Spectra, ces matériaux comprennent l’utilisation d’un large éventail de techniques très poussées pour créer des effets spéciaux, dont la production de quarts de ton, d’harmoniques, de glissandos, de trémolos, ainsi que des changements dans la pression de l’archet, le jeu près du chevalet de l’instrument, et divers types de vibrato. Ses instructions aux interprètes peuvent également s’appliquer à l’écoute de l’œuvre : « Lorsque vous jouez une phrase, une harmonie, une texture ou une ligne lyrique, elle vous est livrée, transmise par un autre instrument pour que vous la prolongiez jusqu’à ce qu’elle soit relayée à un instrument tiers. Tous les matériaux s’augmentent continuellement les uns des autres, croissant et se transformant tout au long du processus. »

BRIAN NABORS

Zephyr pour 2 Flutes et Quartet à Cordes

I. Animé
II. Méditatif
III. Animé

La musique du compositeur américain Brian Raphael Nabors s’est signalée avec éclat, récemment, pour son mélange éclectique de styles jazz, funk, rhythm and blues et gospel avec les techniques modernes de la musique classique contemporaine. Il attribue à sa « gracieuse éducation du sud » la formation des principes fondamentaux qui inspirent sa musique, notamment la spiritualité et les réflexions sur la vie, la nature et la condition humaine.

Il a composé Zephyr en 2020 pour l’ensemble de musique nouvelle New Downbeat. Il décrit la pièce en ces termes :

Le mot « zéphyr » vient de la langue grecque et signifie « vent doux » ou « vent d’ouest ». Bien qu’on y entende de nombreux exemples de moments lyriques tout en douceur, c’est un morceau plutôt fougueux, dans lequel apparaissent beaucoup d’autres saisissants effets de vent et de couleur. Comme toujours, je prends beaucoup de plaisir à juxtaposer le romantisme et la barbarie!

Deux mouvements extérieurs portant l’indication « animé » encadrent un mouvement central « méditatif ». Pour créer les « saisissants effets de vent », le compositeur demande aux deux flûtistes d’utiliser diverses techniques poussées, par exemple l’air beatboxing, qui consiste essentiellement à « parler » dans la flûte pour produire une série de sons percussifs et voilés. Une autre technique employée est le jet whistle, une sorte de glissando à fort volume produit en soufflant un jet d’air à haute pression dans la flûte Dans la première partie du deuxième mouvement, le quatuor à cordes joue des accords lents composés d’harmoniques éthérés, contre lesquels les flûtes font éclater des « bulles » sonores, à l’aide de claquements de langue et en insufflant des colonnes d’air stables et sans hauteur dans leurs instruments. Contrastant avec ces sections « venteuses » dans chaque mouvement, on trouve des épisodes dynamiques de contrepoint – entre les deux flûtes, ainsi qu’entre les flûtes et le quatuor à cordes – qui évoquent une circulation d’air par couches.

KRISTINE TJØGERSEN

Spiracle pour quintette de cuivres

La démarche créatrice de la compositrice norvégienne Kristine Tjøgersen se distingue, selon sa biographie, « par la curiosité, l’imagination, l’humour et la précision. Dans son œuvre, elle crée des moments auditifs inattendus et absurdes en jouant avec la tradition, ce qui produit souvent un sentiment d’étrangeté tout à fait singulier. Elle engendre des perspectives sur un monde complexe, vivant, en perpétuel changement, qui ne se dirige pas vers un point culminant final. »

Spiracle pour quintette de cuivres a été composé en 2017. Dans la partition, la compositrice évoque en ces termes ce qui l’a inspirée pour cette pièce :

Les spiracles sont des ouvertures respiratoires que l’on trouve à la surface des insectes, des araignées, et de certains poissons cartilagineux dont quelques espèces de requins et de raies. Les requins et les raies ont un spiracle derrière chaque œil. Quand le requin ne bouge pas, le spiracle l’aide à respirer. Les spiracles permettent aux poissons de respirer même lorsqu’ils sont couchés au fond de l’océan ou enfouis dans le sable. Les insectes ont aussi des spiracles, qui permettent à l’air de circuler dans leur système trachéal. Comme les insectes n’ont pas de poumons, ils utilisent les spiracles pour échanger de l’oxygène et du dioxyde de carbone avec l’air extérieur. L’évent de la baleine est parfois appelé spiracle dans les textes anciens. Les baleines utilisent leur évent pour aspirer l’air et évacuer le dioxyde de carbone lorsqu’elles font surface.

Comme pour évoquer le son des spiracles en action, la compositrice demande aux interprètes d’utiliser une myriade de techniques de jeu créatives pour générer des sons inusités à partir de leurs instruments. Parmi ces techniques, citons le bruissement d’air, le bruissement d’air sur des lettres prononcées, les sons éoliens pulsés, les claquements de langue, les tremolos avec la langue pour évoquer le son d’un hélicoptère, de même que le fait de chanter et jouer simultanément, de jouer sans anche, et d’utiliser l’instrument « à l’envers ». Exigeant un jeu extrêmement subtil et raffiné, la pièce progresse avec des sections essentiellement alternées de sons indéterminés, façonnés par des motifs rythmiques clairs qui sont, par moments, infusés de sonorités « wah-wah » toujours changeantes. À environ un tiers du morceau, la deuxième trompette et le trombone entonnent une phrase mélodique qui, signale la compositrice, est une citation de la chanson « In Bloom » de Nirvana. Spiracle se conclut par une série d’accords méditatifs des trompettes, du cor et du tuba, auxquels le trombone répond par des glissandos chantants.

Quatuor à cordes No. 2, "Waves"

À la fin des années 1960 et dans les années 1970, le compositeur canadien R. Murray Schafer a créé un groupe d’éducation et de recherche appelé World Soundscape Project (« projet mondial d’environnement sonore ») à l’Université Simon Fraser de Vancouver. Né de ses profondes préoccupations à l’égard des effets nocifs du son technologique sur les humains, c’est-à-dire de la pollution sonore, en particulier dans les environnements urbains, le projet a donné naissance à une nouvelle discipline, l’écologie acoustique – l’étude de la relation entre les humains et leur environnement telle qu’elle est médiatisée par le son. En 1976, Schafer a achevé la première de ses œuvres intégrant ses recherches sur les environnements sonores à sa démarche créatrice de compositeur : son deuxième quatuor à cordes, « Waves ».

Dans la note de programme de la pièce, il explique comment son analyse des vagues océaniques sur les côtes atlantique et pacifique du Canada a façonné la composition :

Le motif récurrent des vagues est toujours asymétrique, mais nous avons remarqué que l’intervalle de temps entre deux crêtes se situe généralement entre six et onze secondes. Rares sont les vagues océaniques qui ont une durée plus longue ou plus courte que celle-ci. C’est ce mouvement de vague qui donne au quatuor son rythme et sa structure. L’auditoire entendra les ondulations dynamiques des vagues dans cette pièce, et à mesure qu’elle se déploie, plusieurs types de mouvements de vagues y sont associés. J’ai cherché à donner au quatuor un caractère liquide, où tout se dissout et s’écoule constamment dans tout le reste. C’est donc dire que le matériau de l’œuvre n’est pas fixe, mais en perpétuel changement, et même si certaines figures motiviques sont utilisées de manière répétée, elles subissent de continuelles variations dynamiques, rythmiques et de tempo.

Pour ajouter à la fluidité de la musique, Schafer laisse aux musiciens une certaine liberté artistique dans l’exécution de leurs parties, comme l’indique une ligne de temps sous la partition qui suggère le moment où les motifs musicaux doivent être joués. Dans l’ensemble, la pièce peut être dépeinte comme une méditation sur les nombreuses sonorités de l’eau – du calme et apaisant gazouillis aux vagues déferlantes, en passant par la pulvérisation de gouttelettes. Dans son ouvrage de 1977 intitulé Le Paysage sonore, qui a fait date et dans lequel il résume ses idées et ses théories sur l’environnement sonore, il estime que l’eau est « la base du paysage sonore original et le son qui, par-dessus tout, nous procure le plus de plaisir dans ses myriades de transformations ». Il souligne aussi que « l’esprit doit être ralenti pour saisir ces millions de transformations de l’eau, sur le sable, sur le schiste, contre le bois flotté, contre la digue. »

Le travail de Schafer sur le paysage sonore a également influencé son intérêt pour la distribution spatiale des instruments, pendant les prestations en direct, en vue de créer certains effets. Vers la fin du quatuor, il demande au premier violon, puis au second violon et à l’alto, de se lever et de quitter lentement la scène dans différentes directions « comme en transe », emportant leurs silhouettes murmurantes dans le lointain. Dans les derniers instants, le violoncelle reçoit l’instruction facultative de prendre une lorgnette et, « d’une manière très délibérée et contrôlée », de regarder où sont partis les autres instruments et de faire un panoramique lent à travers le public. Après cette action, le violoncelle joue l’accord final avant de s’éteindre progressivement sur une note de mi bémol.

 

Notes de programme par Hannah Chan-Hartley (traduit de l’anglais)

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