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Le songe d’une nuit d’été

Mot du metteur en scène

Les choses de l’amour sont complexes et mystérieuses. Il faut témoigner de leur complexité, parler de leurs facettes multiples et réfléchissantes, de leurs folies et de leurs nuances.

Des miroirs déformants de nos propres perceptions.

Il faut écouter Shakespeare nous parler des troubles intimes de son époque qui sont encore les nôtres.

Du désir.

Des labyrinthes de la nuit, de l’envie de s’y perdre, d’y rester.

De la nécessité des rêves et de la fiction pour rendre la vie supportable.

Des instants suspendus du sommeil qui évitent le piège du temps.

Des forces magiques qui nous habitent.

Des méandres de la conscience.

De la complexité de toute chose.

De l’amour qui rend fou.

De l’amour qui rend beau.

De l’amour qui couche des forêts par terre.

Il faut entrer dans le repli secret des baisers et se perdre un moment dans le lieu confus du désir.

Merci merci merci à cet équipage de concepteurs et d’acteurs incroyablement talentueux et drôles et brillants.

Merci au Trident de l’invitation. 

Merci au CNA de l’accueil. 

Merci à vous d’être venus.


Des songeurs-acrobates étourdis de désir

Par une nuit d’été, dans une forêt enchantée, Puck, sous les ordres d’Obéron, roi des fées, va verser un filtre d’amour à Lysandre, amoureux d’Hermia, deux amants en fuite endormis l’un près de l’autre. Ces derniers sont poursuivis par Dimitrius, amoureux d’Hermia, mais également par Héléna, amoureuse de Dimitrius… La situation devient rocambolesque quand à son réveil, Lysandre, aidé de la potion magique, tombe amoureux d’Héléna. 

Entre-temps, Puck verse le même filtre à Titiana, reine des fées, puisqu’Obéron est jaloux d’un jeune page que sa femme éduque et souhaite ainsi créer la discorde dans leur couple. 

En parallèle se déroule au cœur de cette même forêt la répétition d’une pièce de théâtre dirigée par Bottom, un tisserand, pour la célébration du mariage de Thésée, duc d’Athènes, et Hippolyte, reine des Amazones…

En d’autres termes : un roi jaloux, une reine des fées volage, un carré amoureux en fuite et une troupe de théâtre exécrable se croisent dans un royaume enchanté, où le malicieux Puck étourdit les esprits et déclenche les passions en distribuant un philtre d’amour.

Entre un prologue à la Peter Pan et une conclusion délicieusement grotesque, la plus célèbre comédie shakespearienne est dépoussiérée, aérée et vivifiée par Olivier Normand, qui utilise les acrobaties de FLIP Fabrique et la musique de Josué Beaucage pour envelopper l’intrigue d’un voile onirique.

Créer la rencontre

Entretien avec Olivier Normand

Le songe prend place dans une forêt, qu’est-ce que ça évoque, la forêt, pour toi ?

Dans les histoires et les contes, la forêt est toujours un lieu mystérieux, très vaste et sombre. Plus on s’enfonce dans la forêt, moins on voit où on est. Aujourd’hui, on vit à une époque où tout est très cartographié, et ça m’a poussé à me demander à quoi pourraient ressembler nos « forêts » modernes, nos lieux inconnus... Pour moi, ce sont les méandres de la conscience humaine, ce lieu où le désir naît sans qu’on s’y attende. Le vertige que le désir peut provoquer, c’est quand même fort, ça peut nous rendre fous.

Est-ce que pour toi, c’est le désir ou l’amour qui rend fou ? Est-ce qu’il y a une différence entre les deux ?

C’est drôle, parce que même nous on peut se faire berner par le désir et le prendre pour un sentiment amoureux. Je crois que Maryse Lapierre avait écrit dans un de ses textes : « Est-ce que je suis en train de tomber en amour ou j’ai juste bu trop de café ? » Et quand on pense à Roméo et Juliette, la plus grande « histoire d’amour » de tous les temps, on oublie rapidement qu’au début, Roméo est amoureux de Rosaline ! C’est fou, même le spectateur oublie ça à la mort des deux héros. Je trouve ça beau, cet enthousiasme-là.

C’est intimidant, monter Shakespeare pour une première mise en scène au Trident ?

J’ai fait dernièrement quelques petits trucs intimidants : je pense à Vinci, spectacle dans lequel j’ai repris le rôle que Robert Lepage avait créé, par exemple ! Oui, c’est sûr qu’il y a quelque chose d’immense dans cette pièce, mais, en même temps, on ne vit pas avec le même poids de la tradition shakespearienne qu’en Angleterre. Et, au final, on est intimidés avant les répétitions puis… après on commence le travail et on s’y plonge comme n’importe quel spectacle. Je vois ça plutôt comme une belle occasion !

Extraits d’un entretien paru dans le programme du Songe d’une nuit d’été lors de sa création au Théâtre du Trident en janvier-février 2017.

Beaucoup de bruit pour rien ?
Shakespeare et l’amour

par Joëlle Bourdon

Les Grecs avaient trois mots pour qualifier les différentes déclinaisons de l’amour : Eros, l’amour-passion, Agapê, l’amour-amitié, et Philia, l’amour profond. Si l’amour Philia est le but vers lequel tendent tous les personnages de Shakespeare, ils entrent tous en contact avec le sentiment amoureux par le désir, Eros. Et n’est-ce pas précisément ce que dénonce Héléna, quand elle se désespère d’avoir perdu l’affection de Démétrius au profit de la jolie Hermia ; « Love looks not with the eyes, but with the mind1 »… vraiment ?

On pourrait être tentés de reléguer le vif désir ressenti par les personnages shakespeariens au rang d’amourettes adolescentes. Après tout, si Roméo se meurt d’amour pour les yeux de Juliette quelques instants après avoir eu le cœur brisé par Rosaline… est-ce que Juliette ne serait pas un prix de consolation, un plan B... une « fréquentation » pour se changer les idées ? Impossible. C’est que Shakespeare écrit des personnages qui ne connaissent pas de demi-mesures et obéissent à leurs instincts viscéraux, en tout temps. En dotant ses amoureux d’un verbe romantique et sans compromis, Shakespeare nous permet, l’espace d’un instant, de faire un pied de nez au cynisme, à la raison et à cette vie ennuyeuse qui nous menace, que certains appellent la « vraie vie ». Mais Le songe d’une nuit d’été n’est-il qu’un songe ? Si les élans ressentis par ses protagonistes étaient si éloignés de la réalité, trouveraient-ils un écho jusqu’à aujourd’hui, dans notre quotidien cerné de vérités crues, de statistiques implacables et de budgets figés ?

On répondra que l’humain a besoin de s’évader, et que c’est précisément le rôle du théâtre. Or, le spectateur qui rencontre Shakespeare, tant par la cruauté de Richard III que par l’amour comique (et mal dirigé) d’une Olivia dans La nuit des rois, se retrouve bien plus qu’il ne s’évade. L’âme humaine, à l’époque du grand Will comme à la nôtre, est pétrie de subjectivité, de sentiments honteux, refoulés, et de pulsions sournoises. Avec ce rêve mis en scène par une douce nuit d’été, Shakespeare nous invite à embrasser notre poésie, notre déraisonnable et, parfois, notre ridicule. Il y a là une occasion de se réconcilier avec l’irrationnel, de l’embrasser et le comprendre, pour le célébrer. Les bourgeons du désir fleurissent parfois pour se transformer en amour durable et profond, et le tourment de la tempête amoureuse s’apaise pour laisser place à l’équilibre. Mais, avant le calme, Shakespeare nous invite à être témoin de l’orage, de la fougue et de la passion. « Ce que l’amour peut faire, l’amour ose le tenter2. »

Le désir ici est donc un appel à l’audace, au courage. Si on veut avoir accès à Philia, il faudra d’abord vivre les tourments d’Eros, et s’y noyer complètement... plusieurs fois, peut-être. Le poète enjolive ses tourments de mots féeriques pour nous apprendre à les chérir. Après tout, la vie n’est-elle pas constituée, essentiellement, de... beaucoup de bruit pour rien ?

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1.  « L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’esprit. » (traduction libre)
2.  Roméo et Juliette


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