Tournée nationale de la pièce huff : exploration sur le thème de l’espoir

Cliff Cardinal et Elizabeth Kantor
Cliff Cardinal
Cliff Cardinal

huff, de Cliff Cardinal, écrivain, acteur et musicien autochtone primé, est déchirant et néanmoins à la fois comique et sombre, un périple au cœur de l’obscurité d’une Première Nation, dans un lieu appelé Ontario. Raconteur charismatique qui combine l’histoire ancestrale à une franchise brutale et à un humour cinglant, Cliff Cardinal donne vie à des douzaines de personnages, dont deux charmants frères. Des images saisissantes allient la dure réalité aux hallucinations provoquées par l’inhalation d’essence et tissent un récit envoûtant, où se côtoient famille, amour, désespoir et une possible rédemption.

Depuis un an, huff est joué partout au Canada, récemment au Yukon Arts Centre, de Whitehorse, et au PuSh International Performing Arts Festival, de Vancouver, et maintenant au CNA. La pièce, présentée par Cardinal/Kantor Productions de Toronto, clôturera la série Studio du Théâtre anglais cette saison.

Nous avons bavardé avec l’auteur et acteur Cliff Cardinal et la décoratrice et productrice Elizabeth Kantor au sujet de la production, de leur tournée au Canada, de la production entièrement autochtone de King Lear, réalisée par le CNA en 2012, et de ce que cela représente pour eux de monter huff au Centre national des Arts.

Cliff étudie actuellement l’écriture dramatique à l’École nationale de théâtre du Canada, où Élizabeth a récemment complété des études en Production.

Qu’est‑ce qui vous a inspiré à créer cette œuvre?

CC : huff a commencé, comme toutes mes histoires, en tant qu’exploration créative de la douleur de ceux qui vivent en marge de la société : les aliénés, les toxicomanes, et les romantiques. Je voulais porter les personnages à leur niveau le plus bas, là où leur douleur est la plus grande, et les y accueillir avec amour. huff représente à mon avis les personnes appartenant à la sous‑culture la plus taboue au Canada : les jeunes des Premières Nations aux prises avec l’abus de solvants, et qui présentent un risque élevé de suicide. Le défi en racontant une histoire aussi sombre est d’attirer l’auditoire, et non de le repousser; d’inspirer l’espoir, et non le désespoir; et surtout d’inciter les autres à raconter leurs propres histoires. C’est cette dernière raison qui m’inspire à continuer de creuser dans ce chaos de honte et de rédemption, à continuer de raconter cette histoire. L’odyssée créative pour moi et mes co‑créatrices, Elizabeth Kantor et Karin Randoja, a été irrésistible et enthousiasmante dès le tout début. Cela a été un processus collaboratif très gratifiant et je suis extrêmement reconnaissant à Karin et à Elizabeth pour leur enquête intrépide sur ce sujet et leur dévouement à l’espoir et à la vérité.

Vous avez visité plusieurs villes lors de votre tournée, dont Edmonton, Whitehorse et Vancouver. Quelle a été la réaction de vos spectateurs?

CC : La réaction du public a été phénoménale. Les gens rient, pleurent, sont saisis de stupeur, et lorsque les lumières se rallument, ils se serrent un peu plus les uns contre les autres. Après chaque spectacle, nous nous mettons à la disposition du public dans le foyer du théâtre et, immanquablement, les gens viennent nous raconter leurs propres histoires, ou veulent simplement nous côtoyer en reconnaissance de ce qu’ils viennent tout juste de voir et de vivre. Pouvoir partager cette histoire avec les publics partout au pays a été une expérience très gratifiante et une grande leçon d’humilité.

Qu’avez‑vous ressenti lorsqu’on vous a demandé de présenter huff au Centre national des Arts?

EK : C’était une sensation absolument surréaliste! L’invitation du CNA était inattendue et dépassait tout ce que nous pouvions rêver pour le spectacle à ce stade initial de représentations. À peine huit mois auparavant, nous étions encore dans la salle de répétition en train de monter le spectacle.

Pour vous donner une meilleure idée du contexte, à l’époque, Cliff et moi étions encore étudiants, et seulement trois ans auparavant, je travaillais à la Billetterie du CNA, où je vendais des formules d’abonnement tandis que j’épargnais mon argent pour pouvoir payer les frais de scolarité de l’École nationale de théâtre. Alors tout cela ressemblait un peu à être catapultés dans l’espace. Comme si nous avions construit un engin spatial avec du carton, de la sueur et des larmes, de l’amour et de la détermination, puis qu’il ait réussi à décoller et à nous amener sur la lune! C’est à la fois grisant et terrifiant, de la meilleure manière qui soit!

Cela a été un moment très important dans ma carrière, en tant qu’homme de théâtre et en tant que membre d’une Première Nation. Une de mes premières pensées lorsque nous avons été invités à présenter au CNA a été : quel honneur de faire partie de cette histoire illustre! 

CC : Je n’étais allé au CNA qu’une seule fois dans ma vie, il y a environ deux ans pour la fête des Mères, lorsque maman (Tantoo Cardinal) a joué le rôle de Régane dans King Lear (Le roi Lear), dirigé par Peter Hinton. J’ai été honoré d’être dans le théâtre lorsque M. (August) Schellenberg a joué le rôle de Lear. Kevin Loring m’a profondément touché lorsqu’il a demandé « Pourquoi donc nous insulter de ces mots de vil, de bassesse, de bâtardise? » Mon sang s’est glacé lorsque j’ai regardé ma mère, dans le rôle de Régane, extirper l’œil de la tête de Gloucester tandis qu’un ouragan de colère terrible se soulevait autour d’elle (« Répondez franchement, car nous savons la vérité. »). Cela a été un moment très important dans ma carrière, en tant qu’homme de théâtre et en tant que membre d’une Première Nation. Une de mes premières pensées lorsque nous avons été invités à présenter au CNA a été : quel honneur de faire partie de cette histoire illustre! Maintenant, M. Schellenberg s’est éteint, et je lui suis éternellement reconnaissant de chaque parole qu’il m’a adressée. Maman est toujours là. Et Kevin aussi. Ainsi que les autres interprètes merveilleux qui ont fait partie de cette distribution; et grâce au travail qu’ils ont tous accompli au fil des ans pour défricher un sentier dans cette selve canadienne froide et obscure, je suis ici aussi.

Quels sont les projets d’avenir pour huff et pour Cardinal/Kantor?

EK : huff sera présenté au Magnetic North Theatre Festival et poursuivra sa tournée nationale et internationale, en 2015. À l’automne 2014, nous présenterons à nouveau Stitch, notre production à succès, avec notre partenaire de production Culture Storm, et nous sommes en train d’écrire une pièce pour les jeunes publics intitulée SideWalk Chalk.

Qu’espérez‑vous que le public retiendra de votre production?

CC/EK : L’espoir.

La présentation de huff par le Centre national des Arts est rendue possible en partie grâce à Ridley Terminals Inc.


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