Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.
Stephen Hough ©
OCNA à domicile

Mäkelä et Hough : Chefs-d’œuvre russes

Enregistré en mai 2018

Lors de ce concert du mois de mai 2018, le jeune chef d’orchestre finlandais Klaus Mäkelä a fait des débuts mémorables avec notre orchestre. Comme Klaus devait être de retour à la Salle Southam pour l’un de nos programmes les 6 et 7 mai 2020, nous sommes heureux de vous présenter à nouveau ce concert.

Ce programme de musique russe s’ouvre sur le prélude de l’acte I de La Khovanchtchina de Modeste Moussorgski. Le compositeur voulait faire de cette œuvre son dernier opéra, et, de fait, il mourut avant de l’achever. C’est son proche collègue Rimski-Korsakov qui prit la relève. Moussorgski décrit ce prélude comme un lever du soleil musical au-dessus de la place Rouge; il s’ouvre délicatement sur une ravissante mélodie, telle la brume s’élevant de la rivière Moskova.

Le brillant pianiste britannique Stephen Hough interprète ensuite le foisonnant Concerto pour piano no 1 de Rachmaninov. Cette œuvre tendre, évocatrice et onirique comporte une finale qui est une tourbillonnante démonstration de virtuosité et qui s’achève sur de jolies fioritures. La Symphonie no 2 de Rachmaninov conclut le programme. Créée en 1908, cette symphonie est aujourd’hui l’œuvre purement orchestrale la plus prisée du compositeur. Vous reconnaîtrez tout de suite le motif d’ouverture, énoncé par les violoncelles et les contrebasses. Notez ensuite, dans le troisième mouvement, « l’aria » interprétée par le merveilleux Kimball Sykes, clarinette solo de l’Orchestre, et le passage de la noirceur à l’optimisme triomphant dans le finale.

Guide d’écoute d’Alexander Shelley : Rachmaninov

Si la bande-son de mon enfance pouvait se résumer en un seul compositeur, ce serait assurément Rachmaninov, ou « Macraninov » comme je disais alors. Dans le ventre de ma mère, j’étais assailli par les notes de ses Suites pour deux pianos et Danses symphoniques, que celle-ci a répétées et interprétées avec mon père tout au long de la grossesse. Pendant les premiers mois et années de ma vie, j’ai beaucoup entendu les pièces pour piano seul et les concertos de Rachmaninov, puisque mon père en faisait alors des enregistrements et les interprétait en tournée. Si la musique était ma langue maternelle, j’ai eu mes premières conversations avec Rachmaninov.

Il m’arrive d’ailleurs de devoir parfois prendre du recul : l’intensité, la beauté, la passion et la mélancolie que je crois entendre dans sa musique sont-elles le fruit d’une projection freudienne ou plutôt d’une réaction impartiale à l’œuvre d’un extraordinaire compositeur?

En fait, peu de grands artistes suscitent autant d’opinions tranchées dans la communauté musicale que Rachmaninov. Ce géant – tant pour sa taille que sa place dans l’histoire de la musique – était triplement reconnu de son vivant comme l’un des plus grands virtuoses du piano de l’histoire, un compositeur éminent et un chef d’orchestre de réputation exceptionnelle. Or, bien des critiques et mélomanes un peu snobinards estiment qu’il n’était pas de son temps et le jugent trop sentimental. Néanmoins, les œuvres de Rachmaninov figurent fréquemment parmi les plus prisées des auditoires du monde entier.

Le compositeur lui-même a écrit :

La musique doit venir du cœur et aller droit au cœur. Les sonorités qui émergent d’une partition ou d’un piano ne sont jamais neutres, impersonnelles ou vides de sens; elles naissent d’une incomparable intensité, de la passion et de la beauté concentrée. La musique doit être exaltante.

« Exaltante », « [venant] du cœur et [allant]  droit au cœur », ce sont les mots justes pour décrire sa musique!

Mais Rachmaninov a vécu à l’époque de Schoenberg, Stravinsky, Chostakovitch et Bartók. Par rapport à la musique révolutionnaire de ces grands compositeurs, celle de Rachmaninov est ancrée dans un romantisme qui ne semblait plus à la page, surtout après la Grande Guerre.

Rachmaninov a écrit son premier concerto pour piano en 1891, à l’âge de 17 ans, alors qu’il étudiait au Conservatoire de Moscou. Il s’agit de son opus no 1, sa première œuvre publiée. Or, la version que vous entendrez sur cet enregistrement – c’est celle qui est la plus fréquemment interprétée en concert – n’a été achevée que beaucoup plus tard, en 1917, après que ses deuxième et troisième concertos eurent connu du succès.

La version remaniée du concerto, qui adopte la structure ternaire classique, est plus chromatique et plus clairement influencée par Tchaïkovsky, idole du compositeur, que ne l’est la version originale. L’œuvre s’ouvre sur une emphatique fanfare des cors, une ornementation au piano (Rachmaninov détestait, comme soliste, devoir attendre son tour) et un thème à la fois contrasté et émouvant énoncé par l’orchestre. On est ensuite inexorablement guidé à travers une série de brillants staccatos et de lignes mélodiques passionnées vers une puissante cadence, chargée de nombreux accords.

Suivant la coutume, Rachmaninov était le soliste désigné pour interpréter ses concertos, qui mettent en valeur sa virtuosité exceptionnelle. Il était, à son époque, renommé pour la clarté de son doigté, son brio dans la disposition des accords, son phrasé équilibré et sa superbe maîtrise des couleurs orchestrales. Rachmaninov avait d’ailleurs des mains immenses : il pouvait couvrir do mi bémol – sol do sol de sa main gauche!

Le deuxième mouvement du concerto s’ouvre sur un passage mélancolique rappelant l’entrée en matière de la Symphonie no 2 du compositeur et se poursuit avec une ligne mélodique au piano décrivant de grands arcs qui vont de la tendresse à la virulence, de la vulnérabilité à la puissance – ce qui est typique de Rachmaninov. L’orchestre énonce de tendres accompagnements et nous entraîne dans ce magnifique mouvement jusqu’à un finale énergique aux rythmes complexes, exubérante démonstration de virtuosité.

Entre la composition de son Concerto pour piano no 1 et de sa deuxième symphonie, Rachmaninov sombra dans la dépression. Tchaïkovsky, son idole, était décédé; sa Symphonie no 1 avait été très mal accueillie à sa création; et il souffrait d’un blocage artistique. Le traitement d’hypnothérapie qu’il suivit pour y remédier fut couronné de succès : le Concerto pour piano no 2, justement dédié au psychothérapeute du compositeur, en fut le résultat. C’est l’une des plus grandes œuvres pour piano jamais composées!

Alors que la révolution grondait dans son pays natal, Rachmaninov s’installa avec sa famille à Dresde, alors grand carrefour de la musique. Là où sa première symphonie avait reçu un accueil désastreux 12 ans plus tôt, il écrivit sa deuxième œuvre du genre. Les quatre mouvements de cette pièce débordent de beauté, de sensualité, de passion et de verve rythmique. C’est l’une des plus grandes créations symphoniques romantiques, et son mouvement lent tout en mélancolie fait fondre les cœurs.

Dans chacune de ses interprétations, comme pianiste, et dans chacune de ses œuvres, comme compositeur, Rachmaninov recherchait la tochka ou le point culminant du contenu émotionnel et architectural d’une pièce. En tant qu’interprète, il était déçu s’il pensait ne pas avoir atteint ce point dans une prestation, même s’il recevait une pluie d’éloges. En écoutant cette extraordinaire symphonie, laissez-vous porter par ses vagues d’émotions qui vous mèneront à ce point culminant, à cette tochka. Vous comprendrez pourquoi tant de mélomanes adorent ce compositeur et pourquoi tant d’autres le considèrent comme dangereusement sentimental! Rachmaninov était passionné, généreux, authentique dans son approche artistique. Il exultait en musique. Il parlait avec son cœur, passionnément, et touche le nôtre encore aujourd’hui.

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