Événements et spectacles en direct au CNA – mise à jour de septembre 2020.
Christian Tetzlaff ©Giorgia Bertazzi
OCNA à domicile

Bach, Berg et Schubert

Nous sommes heureux de vous présenter deux concerts tirés de nos archives qui ont été dirigés par des chefs extraordinaires. Vous entendrez d’abord notre premier chef invité, John Storgårds, et le violoniste Christian Tetzlaff dans des œuvres de Bach et de Berg lors d’un concert d’octobre 2018. Le renommé chef américain Leonard Slatkin est ensuite mis en vedette dans une symphonie de Schubert qu’il a dirigée avec brio en avril 2010.

Surtout reconnu comme directeur musical de l’Orchestre de Philadelphie de 1912 à 1941, Leopold Stokowski a été l’un des chefs d’orchestre les plus influents de sa génération; il a arrangé près de 40 œuvres de J.-S. Bach pour orchestre symphonique moderne, y compris la Partita pour violon seul no 3 avec son Preludio ou premier mouvement animé. La section des violons brille dans ce joyau de virtuosité.

Le Concerto pour violon de Berg est une œuvre poignante dédiée « à la mémoire d’un ange » – Manon Gropius, fille d’Alma Mahler Werfel (veuve de Mahler) et de Walter Gropius, morte de la poliomyélite en 1935 alors qu’elle n’avait que 18 ans. Ce seul concerto pour instrument solo de Berg comprend deux mouvements joués sans pause, chacun subdivisé en deux sections. Vous entendrez le violoniste allemand Christian Tetzlaff adroitement interpréter cette pièce bouleversante en hommage à une jeune fille que le compositeur adorait.

Si Schubert se démarque, parmi les grands compositeurs, pour sa brève existence – il mourut à 31 ans à peine – il réussit néanmoins à écrire sa plus grande réalisation dans les dernières années de sa vie. Sa Symphonie no 9 en do majeur (surnommée « La Grande », pour la distinguer de sa sixième symphonie, aussi en do majeur, maintenant surnommée « La Petite ») impressionna tellement Robert Schumann qu’il la présenta à Mendelssohn, lequel en dirigea aussitôt l’exécution trois fois de suite. Portez attention au thème des cors dans les mesures d’ouverture (thème qui revient tout au long de la pièce); au joli solo au hautbois du deuxième mouvement; aux trombones en vedette dans les quatre mouvements (c’était alors toute une nouveauté!); et enfin au finale, l’un des plus exigeants de tout le répertoire orchestral, qui conclut la symphonie dans une effervescence éblouissante et majestueuse.

Guide découte d’Alexander Shelley : la Symphonie no 9 en do majeur, dite « La Grande », de Schubert

On peut lire l’épitaphe suivante sur la tombe de Franz Peter Schubert :

« Ici la musique a enterré un riche trésor et des espérances encore plus belles. »

Mort à 31 ans à peine en plein élan créateur, ce géant de la musique que ses amis surnommaient affectueusement « Petit champignon » en raison de sa petite taille nous a laissé l’une des œuvres les plus importantes et les plus prolifiques parmi celles des grands compositeurs. Son génie et sa mort prématurée, comme dans le cas de Mozart, soulèvent une question pour le monde musical : quelles auraient été ses réalisations suivantes?

Schubert produisit beaucoup : de son âme ont coulé, dans un flux de créativité apparemment ininterrompu, symphonies, opéras, œuvres de musique de chambre et de musique sacrée, musique de scène et bien sûr œuvres chorales – de magnifiques chansons en grand nombre –. Parmi plus de 600 œuvres vocales, notons deux cycles bien-aimés, La belle meunière et le Voyage d’hiver, toujours bouleversants dans leur tendresse et leur dimension intime.

Compositeur autrichien militant en faveur d’une voix autrichienne indépendante de toute influence allemande, Schubert était aussi un tel admirateur de Beethoven qu’il demanda à être enterré à ses côtés (ce qui fut le cas). Il a d’ailleurs été le premier à prendre le relai du grand maître en composant un cycle symphonique bien à lui alliant une créativité mélodique autrichienne dans la lignée de Mozart à une verve rythmique et harmonique d’inspiration allemande rappelant Beethoven.

La Symphonie no 9 en do majeur, dite « La Grande », c’est tout cela et plus encore. Son surnom bien à-propos est toutefois le fruit d’une particularité linguistique : l’adjectif allemand gross (comme grand en français) peut renvoyer à la taille d’une chose, mais aussi à sa majesté. Il a ici été employé pour distinguer cette œuvre de la Symphonie no 6 en do majeur, plus brève. Par ailleurs, « La Grande » n’a pas été publiée du vivant de Schubert. C’est Robert Schumann qui la sortit de l’ombre lors d’un séjour à Vienne en 1838, dix ans après la mort de « Petit champignon »; il rapporta une copie du manuscrit à Leipzig et organisa une prestation effectuée par l’Orchestre du Gewandhaus dirigé par Felix Mendelssohn. Cette œuvre majeure a alors été incorporée au canon symphonique et est aujourd’hui fort appréciée.

Cependant, « La Grande » était considérée, à l’époque de sa composition, comme une œuvre gigantesque, presque impossible à jouer. Son exécution dure près d’une heure, si toutes les reprises qui figurent à la partition sont interprétées; c’est aussi une pièce qui requiert de ses interprètes une extraordinaire maîtrise technique et une endurance non moins extraordinaire. Comme dans les symphonies de Beethoven, on peut y entendre des éléments qui inspirèrent plus tard Brahms, Schumann, Bruckner et même Mahler.

L’œuvre s’ouvre sur une simple mélodie des cors seuls; cette introduction symphonique est ensuite harmonisée et transformée à de multiples reprises d’une manière incontestablement schubertienne. À ceux qui douteraient de l’influence de Schubert sur les grands compositeurs qui lui succédèrent, je suggère le défi suivant : écoutez le premier énoncé du majestueux thème qui apparaît dans le finale de la Symphonie no 1 de Brahms, puis comparez-le à l’ouverture de « La Grande ». Vous y remarquerez la même tonalité, le même contrepoint mélodique, le même accompagnement des cordes pizzicato et la même noblesse de tempérament.

L’Allegro s’inscrit dans l’esprit de fusion mentionné plus haut : la partie centrale du premier mouvement s’appuie en effet sur une figure qui évoque, d’une part, le rythme incisif de Beethoven, et d’autre part, la légèreté et l’élégance caractéristiques de l’esthétique de Schubert et de Mozart. Le développement de ce mouvement, que Schumann reprendra dans ses propres symphonies, a pour point culminant une triomphante réexposition de la mélodie initiale des cors, lumineuse et riche en sonorités, qu’on entend près de 650 mesures après son premier énoncé.

L’Andante qui suit est tour à tour plein de coquetterie, tendre et tragique. Il trace la voie à Mahler et annonce des œuvres justement tragiques qui naîtront dans les dernières années de la vie de Schubert, le Voyage d’hiver, au premier chef.

Si « Petit champignon » respecte la structure traditionnelle de la symphonie en faisant suivre son Andante d’un Scherzo, il le fait ici dans des proportions épiques. La musique reprend indubitablement le moule des dernières symphonies de Beethoven. Mais il y a une subtile différence tonale : Schubert conserve ici les lignes structurales en forme d’arche, mais laisse tomber les périodes prolongées d’insistance rythmique typiques de Beethoven. En effet, lorsqu’il commence une telle séquence, il revient aussitôt à un territoire mélodique moins rude, plus chantant.

Enfin, le quatrième et dernier mouvement déborde d’exubérance pure, de finesse et de brio technique. Comportant plus de 1000 mesures, il offre peu de répit aux interprètes, surtout aux cordistes. En tournée européenne de cette œuvre, le compositeur et chef d’orchestre Felix Mendelssohn rencontra fréquemment des instrumentistes qui refusaient simplement de la jouer tant elle était éprouvante. Et pourtant, elle captive les auditoires par son énergie, sa beauté et son intelligence. Un Finale des plus brillants conclut cette symphonie qui a profondément influencé l’histoire de la musique et mérite bien son surnom.

J’espère que vous apprécierez chaque instant de ce chef-d’œuvre

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