Marco bleu

5 à 10 ans

Délires marionnettiques

Quand je songe au Théâtre l’Œil, ce sont évidemment ses remarquables marionnettes qui me viennent à l’esprit. La compagnie en a confectionné des centaines en plus de quarante-six ans d’existence et de créations folles. Sa longue histoire renferme une impressionnante collection où se bousculent joyeusement des marionnettes de toutes les tailles et de toutes les formes possibles et imaginables. Peuplé de personnages bigarrés, un monde palpitant s’ouvre chaque fois que les équipes artistiques s’attellent à une nouvelle écriture. Avec Marco bleu, adapté du superbe album Même pas vrai, c’est la plume espiègle de Larry Tremblay qui est aux commandes. C’est elle qui a éperonné l’imaginaire des artistes et artisans. Car il y a certes matière à invention dans ce récit, où l’auteur s’amuse allégrement à faire la navette entre le quotidien du jeune Marco et une perspective surréelle des plus déjantées. Dès ma première lecture du texte, j’étais moi-même curieuse de voir quelles marionnettes et autres créatures animées cet univers allait cette fois engendrer. Je me demandais déjà comment les interprètes et manipulateurs allaient leur prêter vie et personnalité pour raconter l’étonnant voyage existentiel de Marco. Avec le Théâtre l’Œil qui rencontre Larry Tremblay, mon petit doigt me disait que les plus beaux délires étaient permis !  


Dans la tête des créateurs

Prêter corps à un autre que soi

Entretien avec Martine Beaulne

À la lecture de l’album Même pas vrai de Larry Tremblay, quel a été le déclencheur, qu’est-ce qui t’a donné envie de transposer ce texte à la scène? 

Larry Tremblay a un monde imaginaire particulier et authentique qui me séduit à chacune des parutions de ses œuvres. Même pas vrai met en scène le jeune Marco qui vit des heures difficiles depuis la naissance de sa petite sœur. Le côté timide et naïf de ce personnage qui se libère de cette réalité affective complexe grâce à la force de son imaginaire a été le déclencheur de ce désir de transposition. Ce voyage intérieur et fantastique permettra à Marco de composer avec cette nouvelle réalité, de se réconcilier avec sa petite sœur, de vivre une liberté d’expression à travers le dessin.

Est-ce que les illustrations de l’album ont influencé la scénographie et le visuel du spectacle? Comment s’articule ce passage du dessin en noir et blanc à un univers tridimensionnel en couleur?  

Par respect pour l’auteur des illustrations, la création de Marco bleu se veut une œuvre distincte du roman graphique. La dramaturgie et la conception visuelle ont été repensées pour un théâtre de marionnettes s’adressant à un jeune public. Marco bleu est inspiré de Même pas vrai mais avec l’auteur Larry Tremblay, nous créons une œuvre originale. Richard Lacroix est le concepteur scénographique qui dessine cet univers tridimensionnel en couleur et en mouvement.

Toi qui as une démarche riche, rigoureuse et centrée sur le jeu d’acteur, comment mets-tu en  scène des marionnettes? Quelles sont les similitudes et les différences? 

En théâtre de marionnettes, les choix scénographiques que nous faisons en amont définissent les grandes lignes de la mise en scène, la dynamique et la rythmique des mouvements des personnages. La direction du jeu sera donc tributaire de ces choix. Par contre, le travail d’analyse du texte, la recherche de justesse de sens et d’énonciation seront perceptibles à travers les mouvements et les voix des personnages. Il n’y a pas tant de différences sinon celle de prêter corps à un autre corps que soi. La vie de la marionnette doit créer une unité entre le sens du texte, de la situation, du rapport entre les personnages, des mouvements et des voix. Avec André Laliberté qui cosigne la mise en scène, nous mettrons nos différents talents en commun pour porter cette œuvre avec toute la pertinence et la fantaisie qu’elle mérite.

— Propos recueillis par Amélie Dumoulin

Extrait : Marco bleu

De Larry Tremblay

Gina : Regarde, Marco. Ma poupée Lili a perdu un œil. Maman lui a cousu à la place un gros bouton.

Marco : Pourquoi ta poupée a perdu un œil?

Gina : Si je te dis pourquoi, tu ne me croiras pas. C’est un secret.

Marco : Je ne vais le dire à personne.

Gina : Tu le jures?

Marco fait le signe, je le jure

Gina : Crache.

Marco crache

Gina : Ok. Hier, quand je jouais avec ma poupée Lili, j’ai trouvé un bonbon par terre. Je l’ai mangé.

Marco : Beurk!

Gina : Une grosse boule de lumière bleue est apparue. Puis j’ai vu…j’ai vu…un extraterrestre qui faisait comme ça :

Gina fait non, non, non, avec sa tête.

Gina : Je lui ai demandé pourquoi il faisait « non, non, non » avec sa tête. Il m’a dit que le bonbon, c’était son œil! Et là, je me suis approchée de lui et j’ai vu…j’ai vu qu’il avait un trou dans la face.

Marco : Même pas vrai!

Les personnages de « Marco bleu »

MARCO
Petit garçon de sept ans et demi, Marco vient d’accéder au statut de grand frère, après la naissance de sa sœur, Maria-Héléna, qui accapare ses parents. Dans le monde merveilleux qu’il s’invente avec sa copine Gina, Marco est un de ces lutins qui, comme Peter Pan, doit apprendre à grandir…

GINA
C’est la meilleure amie de Marco. Vive et espiègle, elle ne manque pas d’imagination, ce qui lui fait raconter toutes sortes d’histoires parfois si extraordinaires qu’elle-même n’y croit pas vraiment… Enfin, presque pas...

MAMAN et PAPA
Ils sont comme tous les parents d’un nouveau bébé : un peu débordés, un peu fatigués, tout en restant attentifs aux besoins de Marco.

BÉBÉ MARIA-HÉLÉNA

Elle est un bébé très actif qui gigote et grimpe partout. Son arrivée bouscule la dynamique familiale et dérange Marco.

MARCO BLEU
C’est un extraterrestre qui ressemble à Marco, mais en bleu et avec des antennes sur la tête, un peu comme un Petit Prince habitant une planète très particulière. Là-bas, les semaines n’ont que deux jours, les souvenirs se rangent dans des boîtes et l’espace-temps joue des tours.

LILI ROUGE
Elle est très grande et habite dans un tiroir, sur la planète de Marco bleu, où elle passe son temps dans les livres. Comme la poupée de Gina, elle n’a qu’un œil, mais il est magique et lui permet de lire dans le noir.

Les types de marionnettes

MARIONNETTE TYPE BUNRAKU 
Très grande marionnette japonaise pouvant mesurer jusqu’à 1,5 mètres, manipulée la plupart du temps par trois marionnettistes visibles du public. Le maître s’occupe de la tête et de la main droite. Un autre manipulateur s’occupe de la main gauche, tandis que le dernier manipule les membres inférieurs.

Dans Marco bleu… Les personnages principaux, Marco et Gina, sont des marionnettes d’inspiration Bunraku. Leurs mouvements sont expressifs et naturels car elles sont manipulées près du corps des marionnettistes. Elles sont celles dont les mouvements reproduisent le mieux ceux des humains car aucune tige, ni corde ne la sépare du marionnettiste.

MARIONNETTE PERSONNAGE MASQUÉ 
Le masque se porte sur le visage du comédien pour le cacher en totalité ou en partie. Ainsi, comme une marionnette, il devient un personnage. Le masque permet à l’acteur d’avoir une autre identité physique que la sienne. 

Dans Marco bleu… Les parents de Marco sont des personnages masqués. Ils ont une fluidité de mouvement, comme un être humain, car c’est à partir du corps de l’acteur, muni d’un simple masque, que le personnage se construit.

MARIONNETTE EN À-PLAT  
La marionnette en à-plat est inspirée des marionnettes du théâtre d’ombres par sa forme bidimensionnelle. Il s’agit d’une silhouette colorée ou non, découpée dans du carton, du plastique ou une planchette que l’on montre directement au public sans écran, ni lumière. 

Dans Marco bleu… Marco bleu, Bébé robot et les moutons sont des marionnettes en à-plats.

— Extrait tiré du cahier d’accompagnement produit par la compagnie

Théâtre de l’Œil

Promouvoir l’art de la marionnette est la raison d’être du Théâtre de l’Œil depuis le début des années soixante-dix. Compagnie de recherche et de création, l’esprit d’innovation qui la caractérise s’exprime dans ses productions destinées au jeune public, dans sa capacité à les diffuser et dans les activités de formation professionnelle. Aller à la rencontre des jeunes spectateurs avec passion et intelligence, proposer et faire apprécier des univers variés en misant sur la force de l’image théâtrale, raconter des histoires qui trouvent une résonance dans l’imaginaire des enfants, les faire rêver, rire et réfléchir, sont les objectifs de la compagnie. Voulant diversifier et enrichir l’art de la marionnette, le Théâtre de l’Œil privilégie l’alternance ou le mélange de divers types de marionnettes. Grâce à ses conceptions scénographiques, à l’ingéniosité de ses marionnettes et à l’originalité des thèmes abordés, le Théâtre de l’Œil s’est construit une solide réputation, au Québec, au Canada et à l’international. Fondé en 1973 par Francine Saint-Aubin et André Laliberté, actuel directeur artistique, le Théâtre de l’Œil compte aujourd’hui 26 productions.


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