Diana Krall avec orchestra-Tournée mondiale Wallflower

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« Wallflower, wallflower, won't you dance with me? / I'm fallin' in love with you » — « Wallflower » de Bob Dylan

Musicalement parlant, Diana Krall n’a rien d’une fleur bleue.

À tous égards, cette pianiste et chanteuse de jazz accomplie est aujourd’hui l’une des musiciennes les plus distinctives de la planète. Respectée en tous lieux comme une artiste exécutante et une interprète au succès retentissant, Krall, lauréate de cinq Grammy Awards, se révèle comme une véritable autorité musicale. Elle pourrait aussi bien travailler sur la production du nouvel album de Barbara Streisand, agir à titre de directrice musicale et d’arrangeuse pour Paul McCartney ou partir en tournée pour défendre une noble cause en compagnie de Neil Young. Comme sa feuille de route le démontre, elle est déjà passée par là et a fait bien plus encore. Elle a vendu plus d’albums que n’importe quelle autre artiste de jazz des trente dernières années, devenant l’une des interprètes les plus appréciées de sa génération, comme en font foi les neuf disques d’or et dix de platine (dont sept plusieurs fois platine) qu’elle a raflés au fil des ans.

Sur Wallflower, sa nouvelle création tout aussi éblouissante que surprenante, lancée sous l’étendard de Verve Records, Krall a volontairement choisi de céder le siège du conducteur au producteur David Foster, gagnant de seize Grammy, afin de créer, encore une fois, un album inattendu. On y retrouve un éventail de chansons issues aussi bien des années 60 que de l’époque actuelle, des compositions qui mettent en relief avec une beauté impudente l’étendue de son brio vocal. Krall chante des classiques populaires qui nous sont familiers, comme « California Dreaming », de la formation The Mamas and the Papas, « Desperado », des Eagles, ainsi que des chansons millésimées de ses héros musicaux Bob Dylan (« Wallflower », d’où le titre de l’album) et Elton John (« Sorry Seems To Be The Hardest Word »). L’album met également en lumière des joyaux plus récents, notamment « Don't Dream It's Over » de Crowded House, et une magnifique nouvelle œuvre de Paul McCartney (« If I Take You Home Tonight »). Enregistré à Los Angeles et à New York, Wallflower est le fruit d’un effort commun et vivifiant qui présente Krall sous un tout nouveau jour.

« Je dois lever mon chapeau bien haut au travail remarquable qu’a accompli David », déclare Krall. « Il m’a toujours manifesté son désir de travailler avec moi, et les astres se sont finalement alignés. J’étais prête à collaborer avec David et à lui laisser les coudées franches dont il a besoin pour exceller. Il s’est occupé de tous les arrangements et a joué beaucoup de piano. Il m’a profondément impressionnée. J’ai toujours su qu’il était bon, mais je saisis maintenant encore plus l’ampleur de ses talents de producteur et de musicien. »

Ce sentiment d’admiration s’est avéré on ne peut plus réciproque.

« Travailler avec Diana a été une expérience fantastique », assure Foster. « Je me suis toujours demandé à quoi ressemblerait une collaboration avec elle. Mais je n’ai jamais pensé que cela se produirait, car j’évolue dans l’univers de la pop et que Diana erre dans le monde du jazz – en apparence à tout le moins. Cependant, l’une des nombreuses qualités de Diana, que je connais depuis 25 ans, c’est qu’elle est une chanteuse populaire exceptionnelle. Sa capacité à faire une percée dans l’univers de la pop a été une découverte fabuleuse pour moi. Je suis convaincu que, dans le fond, Diana savait secrètement qu’elle y parviendrait aussi bien. Elle a tendance à avoir une bonne longueur d’avance sur nous tous. »

Relativement à l’enregistrement de Wallflower, Krall affirme : « J’ai réellement éprouvé beaucoup de plaisir à me concentrer sur le chant et à laisser le travail de production à David. Je me suis dit que nous allions faire le genre d’album pop que David a l’habitude de faire. J’ai assurément apporté ma contribution quant au choix des chansons et des musiciens, mais, pour l’essentiel, je lui ai cédé le piano et les arrangements, car je souhaitais vivre une expérience différente. Et c’en a été une. »

« Je n’aurais jamais la prétention de me mesurer à Diana en tant que musicien parce qu’elle est vraiment talentueuse », souligne Foster, « mais elle a bien voulu que quelqu’un s’occupe de la production d’un de ses albums, même si elle y a évidemment participé activement. Elle sait ce qu’elle veut et ne veut pas faire. Elle connait si profondément l’univers du jazz qu’elle me surpasse largement en tant que pianiste et musicienne. Il n’y a aucun doute là-dessus. Le fait qu’elle ait réagi à mes idées m’a vraiment stimulé. Nous nous sommes en quelque sorte alimentés l’un l’autre. »

Foster affirme qu’il affectionne particulièrement les chansons de Wallflower pour lesquelles il a convaincu Krall d’exécuter des solos de piano. « Sur des pièces comme “California Dreaming” et “I Can't Tell You Why”, Diana interprète des solos pittoresques, superbes, simples et solides qui laissent entrevoir la ligne mélodique. On peut presque les chanter. C’est en partie ce qui définit Diana la musicienne. Ses solos décrivent un arc. À l’instar de beaucoup de grands musiciens de jazz, elle voit la fin du solo avant même de le commencer. C’est ce qui différencie les bons des grands. » Foster en rajoute : « Je m’enorgueillis d’aller chercher chez les chanteurs ce qu’ils ont de mieux à offrir. Et, selon moi, c’est ce que nous avons réussi à faire sur cet album. Diana a enregistré une foule de disques incroyables et son succès parle de lui-même. Mais cette fois, je me suis vraiment concentré sur sa voix afin de trouver la juste tonalité permettant de soutirer le maximum d’elle. Je me lance dans chaque projet avec la notion erronée que je vais obtenir de l’artiste les meilleures pistes de voix jamais enregistrées. Bien qu’il s’agisse sans doute d’une notion erronée, cela a toujours été mon adage. Je lui ai dit que lorsqu’on me donne carte blanche, je parviens à donner tout ce dont je suis capable. »

Comme Krall le précise en riant : « Quand je me mets au travail, j’aime laisser aux gens de la liberté. Je ne m’attarde pas aux détails futiles. Je crois qu’il faut laisser les gens jouer à leur manière et apporter de petits ajustements au besoin. J’ai suivi les conseils de David, mais j’ai mis mon pied à terre quand il le fallait. Nous avons eu de légers différends, mais le processus s’est fait tout en douceur pour moi, particulièrement à la suite des quelques occasions où je l’ai mis à la porte. Mais sur une note plus sérieuse, nous avons tous deux grandi dans la même région du Canada et ce terrain commun a facilité nos échanges. »

Ce lien les a même aidés à choisir certaines pièces de Wallflower. « Si vous pensez à une quelconque personne qui se développe et qui grandit, même si elle possède un talent extraordinaire dans une sphère de la musique, cela ne veut pas dire qu’elle n’aime que ce genre de musique », suggère Foster. « Tout comme moi, Diana a grandi sur l’île de Vancouver et, à l’avenant de tous les autres adolescents, elle a écouté le top 40 à la radio. Les pièces qui font partie de cet album sont des chansons qu’elle aime depuis son enfance. Elle les interprète d’une façon incroyable et, grâce à sa grande musicalité, elle sait comment en transmettre l’essence. Wallflower ne représente qu’une autre facette de ce qu’elle est et de ce qu’elle peut accomplir. »

« Beaucoup de chansons de Wallflower sont des pièces que j’ai appris à aimer en grandissant, des chansons que j’écoutais à la radio et sur des vinyles, des chansons qui jouaient à la maison et que je chante toute seule depuis des années. J’ai eu besoin des paroles, car je voulais m’assurer que je ne m’étais pas trompé pendant toutes ces années… J’ai déjà eu le 45 tours de “I'm Not In Love”, de 10cc. J’ai écouté mille et une fois Bryan Adams. Mes parents et moi aimions Linda Ronstadt, de qui je me suis inspirée pour chanter “Desperado”. J’avais même une affiche de Peter Frampton dans ma chambre. J’étais une adolescente typique qui sortait avec ses amis et le jazz ne nous intéressait tout simplement pas. »

Lorsque Krall écoute « Sorry Seems To Be The Hardest Word », elle se rappelle encore le Noël où elle a reçu l’album Blue Moves de son héros et mentor Elton John, un classique que les gens continuent de s’offrir en cadeau aujourd’hui. « Ma plus grande influence, hormis Oscar Peterson, est Elton John », révèle Krall. « Quelque part, j’ai une photo du matin de Noël où j’ai déballé l’album Blue Moves. Je voulais tellement avoir cet album. Sur la photo, prise alors que j’avais seize ans, je tiens l’album dans mes mains, accompagnée de ma mère et de mon père. J’avais l’habitude de l’écouter au rez-de-chaussée, sur un tourne-disque, dans la même pièce où se trouvait mon Rhodes, ce qui me permettait de jouer avec Elton. Au fil des ans, Elton est devenu comme un membre de la famille. Il y a quelque temps, nous avons chanté ensemble “Sorry Seems To Be The Hardest Word” au programme de télévision Spectacle, de mon mari Elvis Costello. Tant de chansons d’Elton ont une grande signification pour moi, mais celle-là est particulièrement spéciale. »

En se remémorant « Don’t Dream It’s Over », de Neil Finn, Krall se rappelle les heures qu’elle a passé à écouter cette chanson en boucle, étendue sur le plancher de son minuscule appartement de Pasadena, en Californie. « Je l’adorais. Cette chanson me tourne dans la tête depuis que j’ai 22 ans et je tenais vraiment à trouver le juste ton. Les paroles correspondent parfaitement au monde d’aujourd’hui. »

Krall a entendu pour la première fois en 2012 « If I Take You Home Tonight », une superbe œuvre de Paul McCartney qu’il n’a jamais enregistrée, alors qu’elle travaillait en étroite collaboration avec lui sur son album Kisses on the Bottom. « Cette expérience marquera ma vie et ma musique à tout jamais », avoue Krall. « Lorsque j’ai demandé à Paul si je pouvais enregistrer cette chanson, car il savait que je l’aimais, il m’a répondu “Bien sûr”. Nous avons parlé de modifier les paroles pour les adapter à une femme. Mais puisque je préfère généralement ne pas toucher aux paroles, nous avons finalement décidé de les laisser telles quelles. »

Finalement, « Wallflower », une composition relativement peu connue de Bob Dylan qui a donné son titre à l’album, est devenu avec le temps l’une des favorites de Krall.

« Je suis folle de Bob Dylan », dit Krall. « Je ne l’ai rencontré qu’à quelques occasions. Je lui ai dit que j’aimais sa façon de jouer le piano. Il m’a répondu : “Eh bien, tu es une pianiste, alors j’imagine que tu sais de quoi tu parles”. La musique de Dylan est si profonde. À partir du moment où j’ai entendu la version démo de “Wallflower”, avec les aboiements d’un chien en toile de fond, j’ai craqué pour cette pièce. Je joue “Wallflower” avec mon groupe depuis un an et demi déjà, et je n’avais d’autre choix que de l’inclure sur l’album. »

« Wallflower » est une pièce remarquable qui met en relief les pistes de voix les plus touchantes que Krall ait enregistrées, accompagnées par le jeu exceptionnel du guitariste applaudi Blake Mills. « Il s’agit d’une chanson avec laquelle j’entretiens un fort lien », raconte Krall. « Je suis un peu une actrice de système et “Wallflower” est un rôle que je tenais vraiment à jouer. »

C’est un David Foster plein d’admiration qui affirme : « Diana sait faire dans la discrétion, mais elle est aussi capable d’être féroce. Il s’agit réellement d’une artiste talentueuse et introspective dans le studio. Mais lorsque vous la voyez en spectacle, totalement émancipée, elle peut être une bête de scène qui frôle l’hystérie. Diana est une personne qui peut aller aux extrêmes de façon tout à fait sublime. C’est quelque chose qu’elle a prouvé à maintes reprises. »

video: Diana Krall - California Dreamin' (Clip)
Diana Krall - California Dreamin' (Clip)
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